18 mars 2010

Baltrap de Xavier Durringer

Bal-Trap, de Xavier Dürringer
O café-théâtre provisoire genre entre le bistrot (il en disparaît des centaines par an) et le théâtre (moribond et renaissant, zombie à joli teint) que d’approximations, de textes bâclés, de non-comédiens servant ta cause !
Mais là !
Malgré un titre « clin d’œil » qui a un peu vieilli – il s’agit ici des chausse-trape d’un bal, un « dancing » comme dirait ma grand ère franglaise – Bal-trap est une vraie pièce, reprise (et pas reprisée) d’un auteur qui sait écrire et conduire une action dramatique.
Gino aime Lulu, lasse de lui. Bulle encaisse une nouvelle pose de lapin et Muso passe par là. Les couples se croisent, le néon clignote et le cœur bat, c’est son rôle.
Avec une intrigue aussi dépouillée qu’un inceste à l’antique, comment ne pas dire l’émerveillement pur ressenti devant ces comédiens fabuleux qui tiennent la corde tendue et nous attrapent l’âme délicatement comme un papillon résigné ?
Gino, c’est Laurent Collard, beau gosse quittant l’extrême jeunesse sans qu’elle le quitte jamais, qui incarne un perdant flamboyant, un pointeur du chômage et un rêveur de couette. Il aime sa Lulu mais la Jaguar, à minuit de leur amour, s’est transformée en vieille 205 asthmatique. La vie en cheveux blancs, la cigarette, le pastis et le loto ont malaxé l’homme : Lulu (Caroline Rivet) sous ses jolies fossettes devenues rides de caractère, siffle, tempête, convoque le jeune homme d’il y a encore peu, avec une mauvaise foi et une acrimonie que seule la vie de couple fusionnelle peut faire fleurir sur son talus.
Muso, Christophe Petit, compose un dadais, dragueur d’anthologie, émouvant, beau d’enfance et de naïveté militante, l’indispensable « garçon » dont les féministes devraient garder un ou deux exemplaires avant la « solitude finale » (à chanter sur l’air de l’ « Internationale ») . Magnifique acteur à la Pagnol, jouant chaque seconde avec intensité, maîtrisant mots et espace avec une assurance de prestidigitateur cynique.
Enfin, quelle éblouissante comédienne que Letti Laudies (Bulle) révélation, passant de la « pétasse » agressive à la petite fille abusée, et même à la vieille femme démaquillée, troublante, belle, de haute essence, et qui fera parler d’elle de plus en plus car douée comme elle…
Un beau moment de théâtre, donc, que ce Bal-trap (valorisé par le metteur en scène, Eve Weiss, qui aime sa troupe) accompagné par le violon émotif de Séverin Dupouy.
Christian-Luc Morel

Théâtre du Guichet Montparnasse, du mercredi au samedi à 20h30,
réservations : 01 43 27 88 61. Jusqu’au 15 mai.