03 mars 2010

A côté d'un Rictus

A côté d’un Rictus d’après Gaston Couté et Jehan Rictus
Mise en scène et dialogues : François Legay
Musique : Thierry Gagnot et Erik Satie

Au départ un spectacle intitulé « A couté du rictus », Couté côtoyant Rictus… on se souvient que ces deux-là sont devenus amis et montmartrois à l’époque où la butte (ce mont de Mercure) était le lieu parisien où soufflait l’esprit et où il souffle, Dieu veuille, peut-être encore . Couté au parlé et au phrasé beaucerons en phase avec une terre aussi riche qu’étrange et secrète. Rictus que l’argot parisien, langage-bis inventif et gouleyant a pris à la gorge et à l’âme… Le relais est maintenant pris par A côté d’un Rictus pièce de théâtre chanté, ainsi nommée par ses interprètes et leur équipe. Florence Roche y est une bohémienne, corsage clair, jupe rouge, pieds nus, et Axel Beaumont un saltimbanque. Lui, d’abord, seul en scène, en tenue raisonnable: chemise blanche, gilet et pantalon beiges et bien comme il faut, mais avec un regard et une présence qui fascinent… Et c’est parti : « à vot’bon coeur messieurs-dames. »
Il est rejoint par Elle: cheveux gracieux, menton conquérant, sourire clair. Elle bondit sur scène et lui demande de lui donner la réplique, de l’accompagner, d’être sa confidente des bons et des moins bons jours, ceux où « N’y a rien à faire, n’y a qu’à pleurer ».
Est-elle la femme dont il rêve mais qui rêve d’autre chose, de quelqu’un d’autre et qui l’abandonnera, ou celle qui sera sa victime autant que son bourreau mais qui le réconforte en lui posant sur les épaules une bonne cape noire par temps de doute et de froid. Comme lui, elle arbore un nez de clown, puis prie la Vierge Marie…Jehan Rictus est-il le dernier poète catholique ? interroge Rémi Soulié écrivain qui connaît si bien Péguy.
Lui, après avoir aussi fonctionné avec un nez rouge (nous avons besoin de dérision et de clowneries) bonnet blanc sur la tête devient une vieille bonne femme au chevet de son fils, cet ancien petit jésus « rond et rosé », « c’était divin de te voir nu » qu’a mal tourné, allez, un de plus, mais pourquoi ?
Mais que dire de la sincérité, de la pureté, de la naïveté des êtres ?
« Qu’est-ce qui vous a pris d’intervenir dans mon spectacle ? » « Votre spectacle manque un peu de musique ». « Et sur le plan affectif… ? » Francois Legay, metteur en scène, a voulu ces échanges aux allures de didascalies. Mais Florence joue divinement de ce violoncelle qu’elle trimballe, et Axel de sa guitare, de même. Les voilà en duo nous offrant une musique qui fait rêver, signée Thierry Gagnot. Erik Satie et ses Gymnopédies si parlantes mais en « off » sont devenus un intermède.
Mais « On a tous nos histoires » n’est-ce pas ? « Si tu veux, j’ai une place pour toi
Il et Elle ont repris leur route : est-elle connue, reconnue, aimable ou même aimée ?
Nous reprenons la nôtre, ravis-comblés.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle « Des prisons et des hommes », jusqu’au 20 juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com