29 mars 2010

Le Banquet, de Platon

Traduction de Luc Brisson, adaptation et dramaturgie de Frédéric Vossier
Eméchés, les invités d’un certain Agathon ‘ lauréat d’un concours de tragédie’ donnent l’impression de conter, raconter se raconter, de s’écouter raconter. Le ciel et la terre y passent et tant d’autres choses encore . Mais très vite Eros est évoqué (invoqué ?) « Parmi les dieux, Eros est le plus beau, le plus jeune ». Oui mais: « quel est le bon Eros ? » Le ton est donné et l’éloge de l’amour au menu.
Trois comédiens incarnent neuf personnages( l’un d’eux en jouant cinq à lui seul) ils chantent divinement, parfois à plusieurs voix, pirouettent, invoquent Zeus, parlent, discourent…
On ratiocine, et incidemment l’un d’eux constate « la vie vaut la peine d’être vécue » : ne pas prendre cette constatation pour une banalité de convives joviaux et repus, se rappeler que chez ces Hellènes le fait de se donner la mort était aussi la façon d’éviter de devenir un sous-homme indigne d’exister. Tout dans ce spectacle apparemment facétieux mais multi-facettes est ainsi à plusieurs niveaux
Mais reprenons : l’objet de l’amour : « avoir à soi ce qui est beau, toujours »… « la possession des belles choses » ? Confession à un partenaire : « Tu es un amant digne de moi, car je ne suis rien ». Puis s’intercalent des morceaux de bravoure qui exigent des comédiens une mémoire au (très) long cours, nous les faisant admirer.
Défilent encore : « les actions, les rois, les sciences, la science, l’ignorance, la vérité … »
Ca ricane sur scène, on rit dans la salle.
Socrate, personnage carrefour, se fait traiter d’insolent, cependant qu’ Aristophane est accusé de ne chercher qu’à faire rire.
Nos comédiens sont en tenues noires et vestes style Mao. L’un d’eux entrebâille la sienne et exhibe son généreux torse nu dessous, la dérision, cela se mérite aussi.
Ils se déchaînent, sortent du cadre simple genre écran qui sert de décor, bondissent, re-bondissent, sur la table où sont alignées des dizaines de jolis verres pleins ou vides, en cassent un.
Mais des musiques, des vibrations et des bruits aussi agréables que discrets sont un fond sonore, des lumières sobres suggèrent une nuit propice aux rêves, non pas aux cauchemars.Tambour battant Thierry Hancisse, Pierre-Louis Calixte et Serge Bagdassarian mènent ce divertissement à son terme.
Studio-Théâtre de la Comédie Française, du mercredi au dimanche à 18h30. Réservations 01 44 58 98 58 jusqu’au 9 mai