30 mars 2010

Les palmes de Monsieur Schutz, de Jean-Noël Fenwick

La pièce aux quatre Molières, créée à la fin des années quatre-vingts (adaptée au cinéma par Pinoteau avec Berling et Huppert pour les époux Curie et le défunt Noiret dans le rôle de Schutz) revient à Paris et en tournée en France.
La trame est simple : dans un laboratoire obscur et mal-chauffé, deux savants, Pierre Curie et Gustave Bémont, souffrent des mesquineries et des démangeaisons de décoration de leur supérieur, le gros monsieur Schutz. Pour les stimuler, le directeur leur adjoint une jeune Polonaise bardée de diplômes, Marie. Pierre Curie va l’aimer. Ensemble ils découvriront radioactivité et radium, feront un enfant - la future Irène Joliot-Curie- et partiront à vélocipède sur les chemins de France.
Un peu fabriquée, la pièce dégage un charme certain d’image d’Epinal, même si la vulgarisation tourne parfois à la vulgarité. De plus, maintes tournures de langage virent à l’anachronisme (parler d’ « Hexagone » à l’époque, c’est évoquer la géométrie, pas la patrie) et les clins d’œil à « Solidarnosc » sont un peu lourds et datés.
Que nenni ! Le metteur en scène - la talentueuse Elodie Saos- est allé jusqu’à omettre de citer le nom de l’auteur dans le programme distribué à Paris ! Elle tient vraiment le métier !
Sans sourire, c’est un travail très soigné qu’elle a accompli, faisant oublier la création d’origine, et gommant ses défauts.
Sa distribution témoigne aussi de son flair et sa précision : Jean-Marc Pautasso compose un savant étourdi et touchant. La divine Gaëlle Audic incarne une Marie Curie polonaise jusqu’à la pointe de la bottine, slave faussement confuse et vraie femme de tête, drôle, émouvante,
intuitive et aidante avec brusquerie. Belle prestation. Monsieur Schutz, c’est Renaud Farah, éternel jeune homme, mince comme un Modigliani, mais qui ici ose devenir goutteux, obèse, gras de l’âme, vil, avec une dégaine de marchand de biens à quatre-quatre, et montre ainsi qu’il est un parieur de l’impossible et un vrai grand comédien .
Les seconds rôles ne déméritent pas : William Edimo (l’autre savant) beau physique guerrier, est excellent, doué d’une vraie présence et d’une nature comique tandis que le recteur de l’université est interprété par un Rachik Soussi, convaincant.
Enfin, la bonne d’enfant, Myriam Deneys plaira par son abattage, ses mimiques outrancières de boulevard, son accent genre provincial, jouant résolument face public elle porte ‘la’ bébé Curie avec autant de conviction que s’il s’agissait d’une miche de pain !
Belle soirée de théâtre.
Elodie Saos (assistée de Sabine Coulon) a gagné son pari. On s’amuse, on vibre, on ne s’ennuie jamais.
A elles reviennent ces palmes.

Christian-Luc Morel

A Paris, Espace-Jemmapes et en tournée 2010 en France.
Location/contact : www.ideolasso.fr