01 mars 2010

Les petites allumettes

de Jean-Luc Mingot
Mise en scène : Jean-Luc Mingot
Pour Jean-Luc Mingot tout est affaire de lumière. Il en créé pour les spectacles dans lesquels il s’investit - côté technique et c’est là un de ses nombreux talents - mais il veut que lumière soit faite et braquée sur des épisodes aussi troubles que troublants, ces chasses à des êtres soi-disant pullulants qui, selon les nazis, polluaient le monde dans les années 1940. Luka est une jeune Tzigane, appartenant à cette sous-race d’individus sans enracinement, donc incapables de faire face à des responsabilités. Elle a un protecteur, homme peu ragoûtant qui lui enjoint de vendre des allumettes dans la rue et de lui remettre les sommes recueillies, moyennant quoi il continuera de l’héberger… Elle se rebelle, le quitte, redevenient nomade et rencontre un homme, lui aussi à la rue. Ils partagent une orange, se racontent l’un l’autre, puis l’un à l’autre. Il risque « vous ne savez pas d’où je viens » et encore « j’ai refusé d’adhérer au parti », mais « croire ? je crois au merveilleux. »
Récits d’atrocités avec familles massacrées, il s’avère vite que leurs souvenirs
d’enfance et leurs trajectoires convergent. Submergés par l’émotion et par le sentiment amoureux qui les a gagnés ils se tombent dans les bras. Mais Lui doit partir « je ne te reverrai plus . »
Survient un homme en tenue militaire qui interpelle Luka errant dans la ville après le couvre-feu, lui fait subir un interrogatoire puis, sadique, lui raconte les atrocités qu’on fait subir à ceux que le régime veut éliminer. « Après tout , c’est la guerre » « la guerre c’est un plaisir d’homme, et l’amour… » il la laissera partir si… Superbe jeune diablesse, quand, après l’avoir jetée par terre, il dégaine son arme, elle l’insulte. Il bat en retraite et la quitte menaçant de la retrouver.
Dans le conte d’Andersen, la petite fille aux allumettes allumait ses dernières pour s’endormir dans la nuit glaciale et ne jamais se réveiller. Ici la fille aux petites allumettes craque les siennes l’une après l’autre, mais dans le noir elle appelle au secours celui qu’elle aime… et il arrive à sa rescousse.
Le rythme plus que lent dès le départ incite à remonter le cours du temps, les lumières, dosées, nous y aident. Les musiques (air tsigane du début chanté a cappella ) et les épisodes où Luka danse, tournoie, lentement d’abord, plus vite et plus vite encore ravissent.
Gérard Graillot est parfaitement odieux en poivrot veule et machiste. Jean-Luc Mingot est l’homme aimé de Luka : voix sourde, débit lent et présence tendre. Cinglant, il devient un tortionnaire et futur bourreau sadique à la voix métallique dans le rôle de l’homme aux bottes noires. Sa double performance impressionne.
Une fois encore, faussement fragile, Aïcha Finance est une silhouette, un regard, une voix, une présence et une énergie redoutables.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle « Des prisons et des hommes » jusqu’au 20 juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com