14 mars 2010

Mignon, mignonne, allons voir si la chose

Mignon, mignonne, allons voir si la chose, de Robert Poudérou
Mise en scène : Vincent Messager et Robert Poudérou
Avec Xavier Devichi, Vincent Messager, Gaëlle Redon, Valérie Trémolière

En scène les charmants Aurélien et Aurélia pas encore trentenaires (avec bac plus cinq nous précise l’auteur) achevant un dîner en tête à tête. Dans la mise en scène de Vincent Messager, c’est un pique-nique sur le tapis de la pièce de séjour chez Aurélien, au pied du bar genre comptoir. Puis le jeune homme verse des petits verres d’alcool blanc, qui mettent de plus en plus en confiance celle qu’il vouvoie encore et dont on comprend qu’elle est invitée pour une soirée unique, tel est leur contrat. Lui semble éprouver une curiosité tendre pour elle à qui il tient des propos louables et aimables où il lui fait part de sa vision de la vie, évoque son recours à peine nostalgique au « jardin de l’enfance ». Elle, à son tour, lui fait confidences sur confidences. Marivaudages, fleuretage sur fond de musiques aimées de l’un comme de l’autre et puis…Mozart, n’est-ce pas ? Leurs propos nous font joliment sourire et rire grâce aux images élégantes, gracieuses et piquantes proposées par Robert Poudérou dont les trouvailles langagières ne ressemblent jamais à de simples mots d’auteur.
Oui mais voilà : les sonneries du portable d’elle au tout début puis de lui ensuite, l’obligeant à passer dans la pièce d’à côte, puis à nouveau d’elle, restée seule et qui déclenche le sien nous donnent le vrai ‘la’. Aurélia a appelé sa copine et complice, secrétaire d’une association dont le but est de « récupérer le plus grand nombre possible de déserteurs de la femme ». Cette Olivia lui demande où elle en est de sa soirée intime. De son côté elle-même n’est arrivée à aucune de ses fins avec l’un de ces mecs avec lesquels, d’ailleurs elle « n’accroche pas » . Quant à Olivier, « colocataire » d’Aurélien et en voyage, il a tenté de le joindre car il ne supporte pas l’idée de ce que son copain pourrait expérimenter ce soir-là. S’il en était encore besoin, tout est devenu plus clair, d’autant qu’avant de retrouver nos A. et A. (se tutoyant maintenant) rhabillés après effusions et passage à l’acte, à la scène 3 de cette pièce qui en comporte 14 Aurélien avait demandé à sa partenaire « Qu’est-ce que vous pensez des homosexuels ? »
Cette vraie première partie s’achève avec le retour d’Olivier, furibard : dans le train de son retour, il s’est fait agresser et entreprendre par des « châtreuses en folie ». Le ton est donné une fois encore.
Aurélia va quitter Olivia, car elle est follement amoureuse d’Aurélien. Lui, part avec elle, désertant l’appartement partagé avec son Olivier… qui seul maintenant éructe au téléphone. Notez qu’Olivia et lui et disent les choses beaucoup plus crûment que nos précédents quasi-tourtereaux. Le whisky peut-être ?
Olivier tourne en rond.
Mais qui donc sonne « avec insistance » à sa porte ?
A la toute fin, des lumières font resurgir Aurélia et Aurélien de chaque côté de la scène, lui est ému parce que son Olivier… Et tourne le petit manège.
Il y avait eu cette « petite mécanique »* décrite avec tendresse par Robert Poudérou dans l’une des premières pièces qui le firent aussitôt reconnaître, et ces « petits jours »* de l’homme aussi aimable que fasciné, ou plutôt aimable parce que fasciné par des êtres jeunes.
Ses comédiens sont en phase avec leur auteur et co-metteur en scène. Dans un espace scénique réduit ils reconstituent un apparemment, petit monde qui n’en est surtout pas un.
Marie Ordinis
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* La petite mécanique publiée à l’Avant-Scène n°661
* Les petits jours, roman ‘petite forme’ publié par les Editions Mokkedem