23 mars 2010

Prosper et George, de Gérard Savoisien

Prosper et George, de Gérard Savoisien,
Mise en scène Thierry Laval, avec Miren Pradier et Christophe de Mareuil
Pour cette pièce donnée au Théâtre Montansier à Versailles en 2009 l’auteur a reçu le Grand Prix du Théâtre.
Côté jardin une méridienne pour qu’une Madame de…s’y alanguisse. A cour, un simple grand drap à même le sol avec des oreillers constitue la couche où l’on va s’ébattre. Au centre, derrière un rideau blanc la silhouette d’une femme avec chapeau et canne. Sand apparaît ensuite en pantalon et jaquette. Sa Solange, son cher ange est encore un bébé qu’elle confiera à Prosper son plus récent amant. Donc George a, disons 25 ans, et la comédienne qui l’incarne a toute l’impétuosité et le côté primesautier de celle qui confie à celui qu’elle appellera son ‘Prospéro’ « J’ai tant besoin d’une épaule, si vous saviez »…d’une épaule d’abord ? d’accord… Mais lui, « le cynique, le narquois » a fondu devant cette femme « belle et intelligente, ce qui est rarement compatible ». Digérez cela, s’il vous plaît mesdames les arrière-arrière petites filles des premières soi-disant féministes. Donc il y a idylle avec étreintes : « Prends moi dans tes bras et fais moi l’amour » assorties de « Je t’obéis parce que tu me vouvoies ». S’invitent régulièrement dans leurs échanges Stendhal et toute la clique des auteurs de l’époque qui sont leur univers commun. Prosper a des doutes : « Qu’y a-t-il de féminin en vous ? ». Elle le rassure une fois encore : « Je ne m’appelle pas George, je m’appelle… » Il raconte ; elle s’est allongée. Une fois encore, car on est entre gens de lettres, on passe en revue les auteurs en renom : Mérimée, Hugo… et les compositeurs , ce Chopin, par exemple ?
Mais Prosper, avant tout homme public est attendu à son ministère. Aimerait-il « la vie plus que les mots » ? Il monologue tandis qu’elle écrit. « Nous en sommes déjà à l’imparfait ». « Qu’as-tu ? - Rien, je pleure un peu ». « Que vais-je devenir ? » est la question de George au final. « Tu vas prendre un amant …Musset pourquoi pas ? »
Parfaitement écrit, ce spectacle qui nous propose une séquence amoureuse de la sidérante dame de Nohant percute et émeut.
Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, jusqu’au 17 avril.
Réservations : 01 45 44 57 34