30 mars 2010

Un metteur en scène...

Un metteur en scène de théâtre et réalisateur de films singulier : Jaques Dutoit
Au théâtre Jaques Dutoit a signé des dizaines de mises en scène, tant dans sa Suisse natale qu’à Paris dans des lieux aussi divers que le Théâtre Molière-Maison de la Poésie (Sappho, 1998), l’étonnant Espace Falguière (Bergère toujours, spectacle musical en 2008), à la Cartoucherie de Vincennes (La tarte à la crème, d’Alain Astruc , 2009) et le Théâtre du Nord Ouest (Dicorcer tue, de Christian Morel de Sarcus 2009)
Ses courts et long métrages - du type de ceux qu’autrefois on qualifiait assez malhabilement d’ « expérimentaux » - ont été présentés dans son pays, dans divers autres ainsi qu’à la Cinémathèque de Paris. Il vient d’y proposer ses deux plus récentes réalisations, que nous avons beaucoup aimées et nous vous conseillons de guetter leurs prochaines présentations.
Marie Ordinis

DEUX FILMS DE JAQUES DUTOIT A LA CINEMATHEQUE DE PARIS

« OLIVIERS »
Dans un silence où seul le vent s’invite, des arbres abandonnés se laissent creuser par le soleil, comme la falaise accepte la blessure de la mer.
Arbres ? Dutoit, outre son œuvre cinématographique (que l’on pourrait, tant son regard est singulier écrire en deux mots) est aussi un homme de théâtre.
Ces oliviers semblent faire partie d’un chœur antique, avancer comme une armée qui se camoufle d’ombre, braver le temps et la lumière, succomber très lentement en formes qui se tordent.
Soudain, ce silence est crevé par des bruits de circulation, des automobiles pressées, fuyantes, aveugles de toute leur tôle brûlante. La beauté, avec ce bruit, est une vertu moquée.
Elle appelle au secours la musique, un violoncelle, et la voici sauvée.
Les oliviers, regardés par un seul, lui, moi, vous, convaincus de survivre à ce monde qui ne voit plus, reprennent espoir dans leurs couleurs et s’offrent de nouveau au vent qui les libère.

« ALBIN COURTOIS, SCULPTEUR »
Un vieil homme, dans un jardin, visite son musée en plein air, cimetière de vie, où les âmes vivent dan la pierre .
Belge, Albin Courtois est un sculpteur de renom, un grand artiste couronné mais sans le style « artiste » qui permet le commerce. Son œuvre gît sous le givre, ses sculptures, ignorées du badaud, s’effritent sous la pluie.
Professeur, transmetteur de savoir, généreux de nature, Courtois est aimé de ses anciens élèves (dessinateur, architecte, peintre) ; Il vit heureux près d’une femme belle d’une flamme blonde qui éclaire ses yeux bleus. Il s’est retiré dans une campagne paisible ? Il cultive son jardin et élève un âne et un cheval.
Et pourtant, il a sculpté l’embrasement de Jan Pallach, le jeune Tchèque immolé, gravé et symbolisé la dictature des Ayatollahs de Perse, mis au jour une « graine de soleil ».
L’homme est simple, doux. Son geste est fort, violent, révélateur.
Jaques Dutoit a sculpté aussi, de sa caméra, le visage marmoréen et lumineux de la vie intérieure, les mains créatrices, les doigts usés de Courtois. Il a recueilli les lumières pour en baigner ses œuvres.
Le vieux sculpteur sourit. Aimer n’est pas faiblesse.
Si l’art a ses damnés, vit à côté, au moins un bienheureux.

Christian Morel de Sarcus