26 avril 2010

Parloir, de Christian Morel de Sarcus

La nouvelle pièce de l’auteur est présentée , avec un sens de la synthèse, une maîtrise des mots (de ceux qui seuls comptent) redoutable : « Dans les couloirs d’un hôpital, une mère veille son fils. Le père, chassé depuis des années, est annoncé. Chacun va devoir sortir de sa prison intérieure. »
Elle, c’est Muriel Adam, remarquable comédienne, toute en douleur et en férocité, lionne rousse au chevet de son petit, qui attend de pied ferme « l’intrus », l’exclus, l’homme, le père, l’Autre, en un mot. Et quel Autre ! Christian Macairet, charmant (et donc insupportable) spectre issu du passé, qui a un peu vieilli, beaucoup mûri, qui a pensé dans sa solitude d’écarté et d ‘écartelé.
Entre les deux, passe un infirmier énigmatique (Simon Coutret, inquiétant et envoûtant) qui compte les coups de ce « Match point » intimiste et redoutable, dans sa tenue blanche qui revêt peut-être beaucoup de noirceur…
Constantin Balsan, valeur montante du T.N.O. (étoile filante et éclairante) joue le fils (interdit de révéler le suspens !) dans cette tragédie qui devient peu à peu une comédie hallucinante et sans limites.
Les coups pleuvent, la langue scintille, l’émotion jaillit.
L’auteur nous tient en haleine sans baisse de rythme. La précision est infernale.
Mais un sourd espoir s’obstine contre le sentencieux Absurde…
La mise en scène minimaliste d’Eliezer Mellul respecte le texte avec scrupule, jusqu’au dernier mot écrit et dit. Ensuite c’est sa fantaisie (de la musique superfétatoire qui sabote la scène de rage du fils) et une « Unhappy end » incongrue et à la « West Side Story » avec du Grand-guignol en prime : La première version de cette fin (jouée jusqu’en mars) était plus sensible…
Parloir demeure, malgré ces réserves, une œuvre forte à découvrir et à ressentir.
Du théâtre sur…vivant.

MARIE ORDINIS

Le blog théâtral : http://marieordinis.blogspot.com