15 avril 2010

Rififi à Central Park, de Woody Allen

Rififi à Central Park, de Woody Allen
Dix septembre 2001.
New York, encore intacte, se prépare à une nuit tiède de fin d’été.
Au sommet d’une tour, une femme affalée dans son escalier, cuve ses bourbons et titube soudain vers la sonnette : l’amie, appelée à la rescousse, vient cajoler et écouter : Monsieur est parti sans retour. Mais qui est cette amie ? Et est-ce bien une amie ?
Tragédie d’attique ou comédie de (Sunset) boulevard, la suite attirera : un mari ivre et maniaco-dépressif, une chinoise hystérique, un autre mari en pleine crise de la cinquantaine, dans la plus pure tradition de Woody Allen, avec ses psychanalystes juifs, ses parvenus bobos, ses demi-folles liftées et ses alcoolos désabusés.
Patricia Couvilliers est magistrale en peignoir chinois, Jean Seberg aux cheveux gris qui aurait enterré Romain Gary (en Amérique, elle y serait parvenue) sifflante, méchante, imbibée, new-yorkaise plus vraie que le faux, aimant son bonhomme et traquant la « pétasse », celle-ci, inoubliable, jouée par Karine Kadi, excellente , piquante, tout en jambes et en décolleté vertigineux, aux prises avec un époux suicidaire et cyclothymique, Claude Rochet qui semble jailli d’un film d’Allen, émouvant, faible, aimant, perdu, drôle et sensible à la fois. Yahui Chan est exquise, Jane Birkin d’Extrême-orient, fausse ingénue à faire tourner la tête d’un monsieur qui s’entretient et lutte à mains nues contre le demi-siècle à venir, joué par Antonio Labati, séduisant et mufle comme il se doit.
La traduction convainc, le rythme ne faiblit jamais. Le metteur en scène, Martine Delor, a parfaitement atteint son objectif, glissant de la vie et de l’émotion, réglant regards et silences, avec une maîtrise de vraie professionnelle. On rit, beaucoup, on s’émeut, on s’attendrit :« Rififi » pétille et enivre comme un cocktail long drink. Euphorie garantie !

Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du faubourg-Montmartre 75009 Paris
Réservation au : 01 47 70 32 75. En alternance jusqu’au 9 juin.