02 avril 2010

Trahisons, d'Harold Pinter

Trahisons, d’Harold Pinter
Mise en scène Serge Onteniente
Avec Laetitia de Fombelle, Philippe Hérisson, Philippe de la Villardière, Fernando Scaerese

Troublant le fait qu’Eric Kahane traducteur et ami de Pinter ait jugé préférable de mettre son titre, soit le mot trahison au pluriel : l’auteur l’avait choisi au singulier, peut-être pour qu’il signifie déni de toute sorte d’ engagement. A quoi une promesse engage-t-elle et au creux du mariage en particulier ? Emma responsable d’une galerie d’art est l’épouse de Robert, éditeur particulièrement exigeant quant à ses choix. Jerry est l’ami - amitié indéfectible - de Robert. Tous trois quadragénaires. Emma est aussi la maîtresse de Jerry. Depuis quand ? Elle avoue partager avec lui un studio depuis cinq ans. Une inconnue : quand Robert doit-il ou peut-il être mis au courant, et encore est-ce souhaitable, indispensable ? L’astuce de Pinter consiste à faire évoluer l’intrigue à coup de flash backs concrétisés dans la mise en scène de Serge Onteniente par des phrases s’affichant sur un écran au-dessus du plateau : « deux ans plus tôt », « trois mois plutôt » etc.
Des aveux et autres déballages qui auraient pu être cruels, voire pire, se passent le mieux du monde : « Pourquoi est-ce que tu ne m’avais pas dit ? » « Ton mari est mon meilleur ami » , « C’est peut-être moi qui aurais dû… », « Nous avons pris la meilleure décision ».
Mais chez l’auteur ce qui est dit masque ce que l’on ne veut, ne sait ni ne peut dire, et ce gouffre-là est perceptible au-delà de mots auxquels on ne fait plus vraiment confiance. Le dramaturge et comédien privilégiait ces silences chargés dans les pièces qu’il jouait, ou dont il cautionnait les mises en scène.
Dans un épilogue- sortie de route qui n’en est pas un- Elle et Lui (Emma et Jerry ou Emma et Robert ? on ne vous le dira forcément pas) font une escapade à Venise… et si le sémillant serveur de leur restaurant devenait un troisième homme ?
La mise en scène respectant les directives de l’auteur, mais plus dépouillée encore, frise le sinistre ; les lumières sont dérangeantes à force de ne pas exister et des soi-disant meubles, devenus petites caisses noires, dans un décor noir, sont déplacés pendant des ‘noirs’.
Les comédiens, fils conducteurs (avec une conductrice dérangeante : Laetitia de Fombelle) servent honnêtement le texte , nous plongeant dans un abîme de perplexités.
Théâtre des Déchargeurs, du mardi au samedi à 20 heures, jusqu’au 8 mai.Réservations : 08 92 70 12 28