16 mai 2010

Mignon, mignonne... de Robert Poudérou

Mignon, mignonne, allons voir si la chose… de Robert Poudérou

Le théâtre de Robert Poudérou échappe à toutes les définitions.
Epique ? Oui. Historique ? Certes. Pas social…tout de même ? Eh… il s’y risque.
Charnel ?… toujours. A croire qu’il distingue dans l’homme autre chose que des ossements en mouvement. Le plaisir, chez l’auteur est une obsession spirituelle et qui donne de l’esprit à ses personnages. Tenez, cette pièce marivaudeuse, son « Mignon » tient autant de Marivaux que du marivaudage sentimental, cette nouvelle imitation de l’amour qui a du souffle pour une nuit, un petit temps, une petite tranche de vie .
Dans la quiétude d’un appartement, un homme et une femme se rapprochent délicatement.
Le vin tient les promesses de sa vigne, la conversation ne s’accroche pas à quelque aubépine de langage et le lit - comme dans un film de Cocteau - s’ouvre tout seul, tel un reflux de vague.
Luis, c’est Aurélien campé par Xavier Devichi, viril tendre qui laisse venir la femme « comme les chats et les enfants ». Elle c’est Aurélia, l’exquise Valérie Trémolière, jeune fille de bonne famille (on songe à Romy Schneider) et audacieuse amante (à la Catherine Allégret) qui joue avec fragilité, finesse, comme posée sur un pétale. C’est elle à la fois la mignonne et la rose.
Mais l’auteur s’amuse et invite un autre couple : Olivier et Olivia . L’un aime…Aurélien et l’autre…Aurélia. Le premier ( votre Olivier) est l’inverse d’Aurélien. Quant à la demoiselle…le pantalon vindicatif et revendicatif révèle une confusion fâcheuse entre féminisme et féminité. Vincent Messager et Gaëlle Redon incarnent à la perfection ce « couple » de trentenaires qui ne peuvent qu’aimer ce qu’ils ne seront jamais : des gracieux.
L’époque…nos contemporains conditionnés en prennent pour leur grade.
Vive le désordre amoureux qui n’a de goût que s’il y a vraiment désordre.
Robert Poudérou invente un genre inédit : le moralisme esthétique ou l’esthétique de la morale. Cet enchevêtrement est délectable.
Pour tout public ? ma foi… un homme inverti en vaut deux.
Le genre de théâtre ? Un théâtre de genre. Ni masculin. Ni féminin. Mais surtout pas neutre !

Christian Morel de Sarcus

Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle « Des prisons et des hommes », en alternance jusqu’au 5 juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et également FNAC