12 juin 2010

François d'Assise

François d’Assise, d’après Joseph Delteil
Adaptation : Adel Hakim et Robert Bouvier
Mise en scène : Adel Hakim
Jeu : Robert Bouvier
Un comédien seul, d’abord silhouette à genoux, puis en tenue décontractée d’ancien ‘djeune’ qui s’en irait à son nécessaire gymnase pour restructuration physique… voire morale ? Premier paradoxe, première provocation : une scène recouverte de graviers qu’il foule, pieds nus. Le metteur en scène a voulu un lieu quasi-désertique au départ, mais à transformations symboliques: entre le mur du fond et les immenses panneaux tout aussi gris-plomb, dans des lumières qui se déclineront tout en se stylisant toujours, s’aligneront à ras du sol des rangées d’épis, de ces plantes à qui François rendait hommage, comme il rendait hommage aux éléments, aux animaux, à la nature et à son créateur, dans un élan de foi et d’amour aussi sensé qu’insensé. On connaît le parcours sidérant de Frère François, mais Joseph Delteil - ici ‘enfrançoisé’ comme il le confesse- nous le repropose avec autant de respect que de fidélité. Il admire et chérit son personnage infiniment, lui, épris de la langue française : ces mots, phrases, musiques, lumières dont il a hérité qu’il ré-apprivoise, courtise, marie et dans lesquels il se fond, se réinvente, pour nous offrir des éblouissements qui nous épuisent pour mieux nous ressusciter.
Joseph… François… et puis cette Claire, dont François parle avec ravissement : sa consoeur visitée et investie, elle aussi par un esprit d’amour pour ses frères et sœurs humains.
Fougue, ferveur, passion et tendresse…
Robert Bouvier, nu ou pas, équilibriste, clown chaplinesque, à l’énergie de boxeur, aux voix, diction et intonations multiples, plus que déjantées, cet excessif fonctionnant à 200 à l’heure et qui en fait des tonnes serait-il donc ce François aérien, tendre, sensuel et métaphysique que nous portons en nous ?
A la séquence finale, vers les cintres et sur un fil tendu se sont installées des ampoules aux lumières rigolardes : serait-ce pour une fin lumineuse ? Certainement pas, car c’est de nouveau grisaille et tristesse. Les saints (dit-on) au moment de basculer dans l’éternel, ne savent pas s’ils seront dans un convoi pour l’Enfer ou seulement le Purgatoire.
Ce spectacle, créé en Suisse en 1994, est un triomphe depuis lors et que vous aimerez pour le texte, bien sûr, et pour la démarche d'Adel Hakim.
Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 11 juillet. Mardi 20h, mercredi et jeudi 19h, vendredi 20h30, samedi 16h et 20h30, dimanche 16h. Réservations : 01 43 56 38 32