01 juin 2010

La papesse américaine, de Robert Poudérou

La Papesse Américaine, adaptation de Robert Poudérou d’après le pamphlet d’Esther Vilar.
Mise en scène de Thierry Harcourt, avec Nathalie Mann
Papesse …cette Jeanne des années 850 ? Déguisée en homme, cardinal puis pontife suprême, elle aurait malencontreusement accouché en public d’un enfant dont le concepteur aurait pu être homme d’église. Sacrilège, atrocité, enfer et damnation ! Un Anté-Christ n’est pas loin. Évoquant cette légende, ceux qui haïssent l’
Église Catholique Romaine jubilent depuis douze siècles et bien des auteurs nous ont donné leur version de l’imposture. Robert Poudérou, véritablement ‘engagé’, a aimé adapter cette « Papesse Américaine », pamphlet d’Esther Vilar, étonnante écrivain d’origine allemande auteur de pièces, de romans et d’essais qui cartonnent.
Une deuxième Jeanne, Américaine, vient donc d’être élue Pontife suprême, nous sommes en 2040.
Mais d’abord le Christ dans tout cela, Jésus, de son prénom? Auriez-vous, vous aussi, tonitrué ou déliré quand on vous catéchisait parce que vous vous disiez que cet enfançon-roi avait dû, comme les autres, salir ses couches (!) se mettre les doigts dans le nez et qu’adolescent il aurait pu avoir des envies… du genre pulsions ?
Sacrilège... mais ça c’était vos insolences de sale gamin ! Le défi de la Papesse Américaine du 21ème siècle est d’un autre ordre, elle nous convie à réfléchir aux anciennes frustrations des femmes mais nous confie aussi ses propres croyances, ses vérités, ses doutes. Et d’abord elle juge que le Christ ne pouvait être qu’ « athée…tout du moins agnostique. Vous voyez un croyant se prétendre le Fils de Dieu ? Il aurait eu trop peur de sa vengeance ». Nathalie Mann, élégante tant dans sa longue robe noire que dans la blanche, papale, rayonne seule sur un plateau modeste, dans la mise en scène de Thierry Harcourt sobre mais d’autant plus percutante. Souriante ou archi-sérieuse, gigantesque, authentique elle dérange, convainc, bouleverse. La papesse vient d’entamer un règne qui va se poursuivre en juillet, dans la cité des papes, - Avignon-off - au Collège de la Salle.
Vous en sortirez bluffés, secoués même peut-être, mais surtout ragaillardis.
Avignon - festival off, du 8 au 31 juillet 2010, au Collège de la Salle, 1 place Pasteur, 17h30.