05 juin 2010

Les indifférents

Les Indifférents, comédie musicale de Camille Turlot et Eric Szerman
Mise en scène Stéphane Cottin
Donné d’abord au Théâtre Daniel Sorano à Vincennes, lieu de découverte à la programmation étonnante (rendons hommage à sa direction qui prend tant de risques) ce divertissement vient de s’installer au Théâtre de l’œuvre là où Lugné Poë a fait découvrir au public Maeterlinck, Ibsen, Strindberg, tous fulgurants métaphysiques de base, pas vraiment rigolos, on programme maintenant quelque chose qui pourrait avoir eu affaire avec une opérette, certes en d’autres temps, mais avec la légèreté de l’été qui vient.
Ils sont cinq : deux dames et trois messieurs dont les identités se croisent, s’inversent, s’intervertissent et on en apprend de belles ! Macha, grosse jeune femme feint de ne pas comprendre -ou accepter- qu’elle est enceinte … mais de qui déjà? Béatrice à la peau noire et aux diplômes universitaires genre ‘plus-plus-plus’, ne trouve pas en France d’emploi à sa hauteur, quel est son avenir ? Les messieurs sont un professeur forcément très respectable mais que son métier « tu écoutes, tu répètes… et tu…. tu-tu-tu » a fini par rendre bègue, plus un joli fumeur (que fait-il donc dans la vie, au fait ?) dont on comprend qu’il a envie d’arrêter de le faire , mais pourquoi ? Il tombera dans les bras d’un « monsieur-dame » meneur-meneuse de revue et saura vite qu’ils étaient faits l’un pour l’autre.
Tous vivent leurs vies d’aujourd’hui tentant d’assumer leurs identités et de résoudre des problèmes aussi existentiels que ceux dénichés et imposés par des égéries, madones et autres Dolto ou Beauvoir. S’il fonctionnait au premier degré, comment expliqueriez-vous que le public de l’Oeuvre étouffe de rire dès les premières répliques ?
Sur le plateau, déplaçant des cabines (de bains d’autrefois à Deauville ou de déshabillage chez votre radiologue) montées sur roulettes, susceptibles de se conjuguer, se collatéraliser…et qui leur servent de refuges-alias confessionnaux, les comédiens parfaitement sonorisés, chantent en polyphonies accompagnés d’un simple piano. Eric Szerman co-auteur de ces belles et beaux indifférents, (merci pour le titre Monsieur Cocteau) responsable de la partition musicale a fait là le bon choix.
Des images projetées sur les cabines conviennent à toutes sortes d’univers .
Théâtre de l’Oeuvre, du mardi au samedi à 21h, réservations : 01 44 53 88 88