14 juin 2010

Nunzio, de Spiro Scimone

Mise en scène Thierry Lutz
Avec Christian Abart et Christian Lucas
Sicile d’aujourd’hui ou de toujours : la patrie de l’auteur… l’écho c’est évidemment «mafia».
Nunzio (Christian Lucas) est dégingandé et maladroit, crédule, peut-être aussi un peu simple d’esprit ; gentil paumé il survit dans un local délabré : ce sous-sol où lui parviennent trop de bruits de la rue. Son frigidaire, un des éléments majeurs du décor, simple et parlant à la fois, est limite H.S. Il tousse : ses poumons sont abrutis depuis qu’il travaille dans des conditions insalubres.
Débarque chez lui un compère-compatriote : Nino (Christian Abart) , petit chauve à moustache ; mafieux bien sûr, et aussi tueur à gages. On comprend trop vite qu’ils ont besoin l’un de l’autre et qu’ils sont complémentaires : enfants abîmés à mi-parcours de leur vie ou peut-être même depuis bien avant. Ne nous dites pas que cela fait penser à certaines souris et à leurs hommes, à des gens qui attendraient un Godot de plus et cascaderaient de burlesque en baroque ou en surréaliste pour cantateur chauve ; il est bien évident que ces deux-là masquent ou travestissent ce qu’ils ont à dire, ce qu’ils veulent ou voudraient se dire et qu’ils vont éviter de le faire.
Lui et cet autre Lui, l’indicible attraction qu’ils ont l’un pour l’autre et ces rêves de gosses auxquels il ne peuvent pas renoncer: partir pour le Brésil ou l’Australie ? Évoquant ces possibles issues de secours ils deviennent alors des Tintin pour B.D.
Et puis… le spectateur ne voit pas le temps passer puisqu’il est dépassé par ces comédiens au tempo, à la gestuelle et aux déplacements minutieusement, prodigieusement réglés, et dont chaque haussement de sourcil, chaque clin d’œil, chaque éclat de rire (intensif et dérangeant pour l’un) chaque regard (démoniaque pour l’autre), chaque trop dit, chaque non-dit, chaque recueillement donne le tournis .
Spiro Scimone, servi par deux comédiens parfaitement en phase et une équipe technique qui ne l’est pas moins, vous emmène au Paradis.
Théâtre du Lucernaire, salle ‘Paradis’ jusqu’au 11 juillet. Du mardi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 45 44 57 34