30 août 2010

La cuisine d'Elvis

La cuisine d’Elvis, de Lee Hall
Mise en scène Régis Mardon
Avec Eric Desrais, Nathalie Mann, Anne Puisais, Benoît Thévenoz

Quatre personnages, une mère, un père et une fille plus un jeune homme qui s’invite chez eux et sème le trouble, voilà la version ‘light’. La mère est anorexique, alcoolique et hystérique ; elle se jetterait bien dans les bras du premier mâle venu parce que son mari épileptique est donc inopérant. Fagoté comme un gros Presley de ses dernières années celui-ci somnole dans un fauteuil roulant. La fille est une jeune pucelle qui cuisine et baffre en permanence et le « superviseur de gâteaux » - vous avez compris qu’on est en vrai-faux délire résolument surréaliste à la manière des années de jeunesse de l’auteur- en visiteur qui va s’incruster, est un beau gosse et un jouisseur qui jette vite son dévolu sur la mère et s’intéressera aussi à la donzelle.
Dans un décor simplifié, une toile de fond sur laquelle sont peints les différents meubles d’une cuisine vieux jeu, tout peut démarrer, avec échanges frénétiques et affrontements violents ou même carrément obscènes.
Nos frustrés ne fonctionnent que selon le sexe, la bouffe et l’alcool. Mais quid d’Elvis et de son rock n’roll qui a fait basculer le monde ?
Le parti-pris de mise en scène est simplet: entre les courts épisodes ponctués par des noirs, on a droit a des enregistrements de Presley. Une astuce fait sourire: dès que les trois autres ont quitté la scène et la cuisine, le père - alias Elvis - plante son fauteuil face au public et sortant de sa torpeur raconte ce qu'il "pense" de la vie: "ça n'a jamais été facile d'être le king". C'est aussi débile et désabusé que la réflexion de la jeune fille: "la vie c'est un truc bizarre, non?". C'est reparti pour un tour et la fin sera moins catastrophique qu'on l'aurait imaginé.
Pour servir cette provocation se voulant la dénonciation de la déglingue actuelle et qui est le lot du plus grand nombre des humains et des Grands-bretons en particulier selon Lee Hall, Régis Mardon a choisi des comédiens savoureux et explosifs et d’autres plus nuancés et désarmants.
La jeune fille engoncée dans des habits moches, qui tente de redonner la santé à son père en lui fricotant des petits plats et destinée à se faire déniaiser devant nous est Anne Puisais : elle ‘fait’ étonnamment les dix-huit ans qu’elle n’a plus.
Benoît Thévenoz est l’amant, sportif au torse (et le reste) irrésistible, il se démène et explose sur scène et accessoirement joue de l’harmonica sympathiquement. Eric Desré est le père-Elvis: officiellement largué comme son idole l’était en fin de parcours, il est aussi touchant que sa fille.
Et Nathalie Mann est ‘Mam, mère sexy plus que spectaculaire. Verre à la main, elle mène le jeu et ça décoiffe.

Théâtre Le Lucernaire du mardi au samedi à 18h30,
réservations : 01 45 44 57 34