02 août 2010

Une heure trois quarts avant les huissiers


Le théâtre …son univers feutré, ses tapis luxuriants, ses ouvreuses accortes, ses colonnades dorées, son bar aux lumières roses tamisées…ses huissiers !!??
Un directeur plein d’allant signe un contrat avec un auteur doué : cela sufira-t-il à sauver son cher théâtre menacé par les traites impayées, les chèques en bois et les mises en demeure qui signifient souvent le contraire, c’est à dire l’expulsion ! Le pauvre homme a moins de deux heures pour tenir son pari.
Cete pétillante comédie de Serout permet d’entrer d’entrer dans les coulisses des coulisses, le bureau de Dieu soi-même. Flanqué d’un comptable débordé, d’une secrétaire hystérique, menacé et sollicité par des cabotins hallucinants, foudroyé toutes les cinq minutes d’une idée géniale poussant la précédente, Daniel Colas incarne ce directeur avec la connaissance du métier, de ses ficelles, de ces « coups » qui rend irrésistible et criante sa prestation. Il est entouré d’une équipe, d’une vraie troupe d’hallucinés – fabuleux Jean Tom, en auteur à nœud papillon mi-clown mi Jean-de-la-lune, authentique et superbe comédien, le drôlatique Jacques Marchand est un vieux protecteur de « jeune talent « son jeu rappelle Dullin – sans oublier ces dames, frénétiques, vociférant, Eliza Maillot - Etna en chemisier- Sara Mortensen – « la théâtreuses sculpturale -, Virginie Ledieu –qui s’auto-parodie en méridionale ringarde et télé-lobotomisée - ainsi que le génial Ycan Varco, dans le rôle de cabotin d’anthologie qui le place aux hauteurs d’un Saturnin Fabre et l’excellent Patrick Raynal, le comptable à tics et à éthique (enfin…) Chacun est parfait à sa place.
La mise en scène de Daniel Colas convainc : rires, enchaînements fonctionnent à merveille dans cette parodie du théâtre où les comédiens, eux-mêmes, se jouent de leurs scies, de leurs ridicules, de leur égotisme, armure de leur hyper-sensibilité.
L’écriture exclut toute vulgarité.Et le manège emballé nous entraîne dans sa frénésie.
Quelle soirée !
Comme la dame du fauteuil d’à côté, je n’avais pas ri comme ça depuis bien longtemps. Vous m’en direz des nouvelles.

Christian-Luc Morel
Théâtre des Mathurins, réservations : 01 42 65 90 et01, du mercredi au samedi à 20h30, pré-soirée le samedi à 16h30. Matinée le dimanche à 15h