21 septembre 2010

Les dames du jeudi de Loleh Bellon

Les dames du jeudi, de Loleh Bellon
Mise en scène : Christophe Lidon
Elles se sont rencontrées à l’école - surtout pas ‘mixte’ à l’époque - une cinquantaine d’années plus tôt. Elles ont commencé à y tricoter la part essentielle de leur existence, et peut-être déjà décidé de se revoir régulièrement, à l’heure du goûter, le jeudi, ancien jour de congé hebdomadaire. Restées gamines espiègles, elles sont devenues des femmes moyennement flouées et des féministes probablement recyclables.
Sonia (Marina Vlady) d’origine slave, blonde aux longs cheveux a eu une vie sentimentale animée et riche, d’où un fils (Grégory Gerreboo) plutôt bon à rien et qui ne cesse de lui réclamer de l’argent. Sa voix est aussi mélodieuse que suave. Marie (Annick Blancheteau) est une mère de famille efficace, brune, cheveux courts et bouclés, à la voix très posée. Hélène (Catherine Rich) rousse, cheveux mi-longs sagement retenus sur sa nuque, a apparemment fait le choix du célibat puisqu’elle n’aime vraiment que son frère; susceptible, avec un sens critique redoutable, elle s’énerve souvent et sa voix est plus que rauque .
Un homme dans la force de l’âge (Bernard Alane) sémillant, apparaît de temps à autre.
Ce pourrait être l’amant ou l’époux de Madame numéro un ou de Madame numéro deux, ou même le frère de Mademoiselle ? C’est lui qui fait tourner le plateau rouge occupant la presque totalité de la scène sur lequel les comédiennes sont posées autour de la table à thé.
Et cela repart: critiques de la société, dénonciations de toutes sortes d’injustices, rappels de guerres effroyables avec massacres- pas si lointains que ça- puis bavardages, zigzags entre lieux communs et trouvailles d’une auteure facétieuse qui s’est mise à aimer ses commères, ses «trois sœurs » à elle.
Non, car si Tchekhov n’est pas tellement loin, Loleh Bellon dans cette première pièce (écrite en 1976 et qui lui a valu le Prix Ibsen en 1977) n’affiche pas de nostalgie, non plus qu’un désir du genre « l’an prochain à… » ou encore «… à Moscou ! » . Elle tient d’abord à nous divertir.
Mais le dénouement, car il en faudrait un, n’est-ce pas ?
Décor de Catherine Bluwal aux couleurs somptueuses, avec des meubles du genre de ceux que vous avez repérés chez votre antiquaire du coin de la rue, et encore des tissus superbes : nappes que ces dames déploient, plient, replient, et puis que dire des coussins entassés sur un canapé-méridienne que ces dames tapotent et retournent ; et de verts pourraient bien devenir rayés ou rouges.
Les lumières sont plus que parfaites, et ce ‘Quand on partait de bon matin’ (voyez Francis Lai pour la musique avec des paroles de Pierre Barouh) chanté par Yves Montand et qui a ravi des générations, ‘à bicyclette‘ est une ritournelle qui vous accompagne jusqu’à la fin du spectacle.
Le Théâtre de l’Oeuvre, du mardi au samedi à 21h. Matinées samedi à 18h30 et dimanche à 15h30. Réservations : 01 44 53 88 88.