12 octobre 2010

Boris Vian une trompinette au Paradis

Boris Vian, une trompinette au Paradis
Spectacle musical écrit et mis en scène par Jérôme Savary.

Jérôme Savary aime Boris Vian et ce dernier le lui rend bien. Il était présent, hier soir, au Dejazet, avec orchestre : cuivres, guitare, piano, contrebasse et trompinette. Heureux comme un enfant qui va assister à un spectacle de cirque ambulant, juché sur les épaules de plusieurs saltimbanques. Louches individus qui jouent avec le marmot, époustouflé de pouvoir aussi bien toucher du doigt une cuisse de danseuse que les journaux de papa sous la pleine lune. Chimène, un clown snob, un cowboy et la cravate à pois du magicien. Mais qu’est-ce qu’ils racontent? Quand Boris décomplexé s’engouffre dans la trompette étincelante de Jérôme, il n’en revient pas d’écouter ses chansons se coltiner sur scène, aussi dévergondées que des danseuses cabossées, que des invalides de guerre, aussi hurluberlues que des argentins détecteurs de songes à Paris.
Jérôme raconte à Boris comment ses chansons peuvent faire naître de multiples personnages qui s’échangent leur rôles comme les cinq fuseaux d’un marionnettiste enfoiré. Saviez-vous que Simone de Beauvoir, l’auteur du « Deuxième sexe » était une sacrée boute-en-train ? Et que le sosie de Che Guevara s’est vendu pour écouler sa marchandise ? Faut s’arrêter là, sans regret….Heu, Jérôme en a à la pelle des personnages de toute espèce qui ne demandent qu’à se plier en deux pour revenir, pour ressusciter sur scène.
« Je ne voudrais pas crever…sans avoir connu la saveur de la mort. » entonnent-ils en fervents admirateurs de Boris dont la drôlerie fuse si bien sous les effets de manche, qu’elle est capable aussi de lever le seuil de gravité, pour l’amour de Nina. Nina d’une grâce toute mélancolique, fleur dessinée par un mage. Ma foi, lorsqu’elle chante « le déserteur » enceinte jusqu’au cou, devant un cercueil recouvert d’un drapeau bleu-blanc-rouge, les nuages eux-mêmes retiennent leur respiration.
Et les tableaux kitsch et pas kitsch s’enchaînent et s’entremêlent si bien que l’on a l’impression d’avoir affaire à un prestidigitateur cracheur de kaléidoscope.
Vous les jeunes qui vous ennuyez à l’école, vous les vieillards rompus et rhumatisants, et vous qui ne connaissez plus votre âge, allez donc voir au Déjazet comment on s’amuse avec les poètes ! C’est pas sérieux un poète ! Ça découche, et c’est capable comme Jérôme, Boris et compagnie, de dépoussiérer les manuels scolaires pour vous faire éternuer de rire. Please prenez pour flèche leur sourire, n’attendez pas la Toussaint. Les nuages ne sont pas en berne, ils jacassent comme les Frères Jacques et c’est aussi très émouvant. J’en ris encore !

Evelyne Trân

Théâtre Déjazet, à 20h30, du mardi au samedi, dimanche à 15 h. Réservations : 01 48 87 52 55