28 octobre 2010

Dernière station avant le désert

Dernière station avant le désert, de Lanie Robertson.
Adaptation Gilles Ségal, mise en scène Georges Werler.
L’affiche est à la fois énigmatique et explicite : il s’agit d’une station service, voyez le niveau du carburant à la pompe ; quant au petit personnage avec casque à droite, ce n’est pas une figurine pour baby-foot mais un soldat. Quand les lumières montent sur scène vous comprenez que le désert se trouve quelque part aux USA. Le décor très réaliste est chargé mais généreux : bar avec tabourets à gauche, pneus de rechange posés négligemment ici et là, table de billard au milieu du plateau, et surtout cette porte de sortie (ou d’entrée) au centre.
A droite un meuble approximatif avec, posé dessus, un ventilateur à deux cents qui tourne pour que la troublante jeune femme en robe plus que sexy et chaussures à talons redoutablement ‘aiguille’ puisse se rafraîchir le visage, à défaut du reste… Un légèrement plus que quinqua, monsieur rondouillard qui pourrait être son père, mais apparemment est son ‘conjoint,’ vitupère devant le bar. Un jeune homme en débardeur et jean vu de dos, est assis sur une chaise. Histoire à trois ? Oui et non. A partir de là nous n’avons plus le droit de vous dire quoi que ce soit à propos de cette pièce phénoménale qui, mariant les genres et nous coinçant à toutes sortes de tournants envisageables ou non, fait frissonner… à part qu’elle dénonce ce qu’on pourrait nommer un « Bushisme-voyez-père-et-fils » . Donc recadrage de ces jeunes combattants revenus ‘défoncés’ d’un Viet-quelquechose, impossibles à recycler mais qui ne devront surtout pas raconter ce qu’il en est de la réalité de ces guerres-prétextes. La raison d’Etat, donc, mais aussi l’argent qui peut tout, avec manipulations obligées. On vous en a trop dit.
L’auteur qui confesse : « J’aime la pièce. Je déteste avoir eu à l’écrire » avoue : « tout est mensonge, immoralité, cruauté, perversité ».
Langage dru, jurons ordinaires, allusions aux choses du sexe et insultes-défouloirs gratuites qui basculant dans le canular font vite suffoquer de rire. Coups de théâtre et coups de feu (pan-pan-pan et re-pan-pan-pan) mais les armes étaient-elles à blanc ? Mise en scène mouvementée et très physique avec épisodes farcesques.
Mais surtout et d’abord les comédiens: trois au départ mais cinq à l’arrivée, tous magistraux, qui habitent ingénieusement leur texte et se font entendre parfaitement. Un spectacle à découvrir et aimer dans ce théâtre où vous serez accueillis de façon plus qu’aimable, ce qui n’est pas toujours le cas. En aurions donc encore trop dit ?
Théâtre du Petit Saint Martin, jusqu’au 20 novembre, du mardi au samedi à 20h30. Réservations : 01 42 02 32 82 .