08 octobre 2010

Les soliloques de Mariette

Les soliloques de Mariette, extraits de Belle du Seigneur d’Albert Cohen
Avec Anne Danais, mise en scène : Anne Quesemand.
Lisant et relisant ce livre intense vous êtes-vous senti comme emporté par une vague dévastatrice ? Vous n’êtes pas le seul . La comédienne qui habite ces Soliloques vous accompagne, elle qui respectant toujours le texte de Cohen s’est faufilée puis nichée au creux de cette saga pour en tirer sa partition, et y devenir Mariette servante de Madame Ariane, la Belle.
Disons vite la jubilation que nous a procuré ce spectacle à comédienne unique, alors que tant de one-woman shows prétentieux ont racolé à tout va ces dernières saisons.
Ici rien de gratuit ou d’approximatif, tout est minutieux et généreux.
Dans un décor pertinent pour cuisine d’autrefois : tabouret, tablette ou desserte et vraie table de travail, la comédienne ressuscite une époque. Elle replie la toile cirée qui protège la table, y installe une nappe, après avoir interminablement poli une ‘ménagère’ traditionnelle avec des dizaine de couverts. Elle s’habille, se chausse comme il faut pour sortir, chante, sort, rentre, remet sa tenue de servante stylée avec tablier blanc, empoigne un ancien moulin à café et le fait grincer, répare une tasse à l’aide d’une vraie bonne colle. Mais quand elle ne fait que raconter, ses gestes authentiques retrouvent leur liberté .
Mariette est perspicace, curieuse sans l’être de façon malsaine, astucieuse, compatissante, réaliste. Mais à chaque fois qu’elle entreprend une tâche, elle la mène à bien.
Madame-sa patronne a eu une vie sentimentale avec amours vrais et drames authentiques.
La vieille Mariette : «… qu’elle a toujours été vieille » comme elle l’assure, est une veuve qui a eu son épisode fibrome, a été une nounou pour sa patronne . En veine de confidences elle avoue : « des livres ? j’en ai lu un. » Celle qui a résidé en Suisse à cause de sa maîtresse, philosophant, elle égrène : « les pasteurs, la protestance, l’honnêteté, la tolérance ». Elle pèle une pomme, à l’aide d’un couteau redoutable, la coupe en quartiers, la mange, et puis elle danse et chante encore. Cette fois c’est « Parlez-moi d’amour » .
Truculente, ayant adopté un accent du genre charentais, elle écorche aussi les mots, parle de térégrammes et de sacrofages, mais quand sa patronne a décidé d’aller vivre sur la Côte d’Azur, Mariette avoue ne pas avoir aimé « le bruit de la mer » parce que « c’est triste toute cette eau de la mer en hiver ».
La fin ?
Applaudissements, rappels et bravos d’un public emballé par la qualité de ce spectacle donné au Petit Montparnasse et que vous n’aurez aucune excuse à ne pas courir voir.
Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, matinée dimanche à 15 h. Réservations : 01 43 22 77 74