20 octobre 2010

Something Wilde

Something Wilde, d’après Salomé d’Oscar Wilde
Mise en scène Anne Bisang
Soit des femmes aux commandes : la metteur en scène, la responsable de la dramaturgie, la scènographe et les créatrices de costumes.
Et puis il y a les personnages féminins, la mère Hérodias et sa fille Salomé, confiés à deux comédiennes tour à tour hiératiques ou véhémentes. Robe longue pour la génitrice, archi-courte pour la rejetonne mais qui laissent entrevoir et adorer leurs jambes.
Les hommes arborent des tenues diverses : Hérode, le père, est en chemise blanche (qu’il mouille) et pantalon noir ordinaire. Plus érotique encore, mettant en valeur son torse, tel est l’uniforme entrouvert du jeune Syrien qui est aussi un garçon de piste déplaçant sur scène les projecteurs de manière à donner l’impression d’un tournage de film dont on ne sait surtout pas à quoi ressemblera la séquence suivante et ni même si le scènario respectera la chronologie de l’œuvre wildienne.
Un décor asymétrique, des éléments dont on croit connaître la fonction mais qui, récupérés, deviendront un mobilier valseur et polymorphe. Vers les cintres un écran genre ‘télé,’ mais rond, où se bousculent des images indéchiffrables. Une trappe s’ouvrira qui aura englouti le Prophète ainsi réfugié dans des oubliettes. Salomé a des cheveux courts avec franges d’un noir ravageur en première mi-temps et ses yeux sont archi-charbonnés. Elle réapparaitra blonde et évanescente en peignoir clair et ne dansera surtout pas la danse aux sept voiles.
Oscar Wilde a écrit sa Salomé dans un français tendre et raffiné, mais le titre choisi par l’équipe suisse qui a créé ce Something Wilde nous a renvoyés vers le pays qui, pour les raisons que l’on sait, a honni, banni et tenté d’écrabouiller le poète et aussi de lui couper la tête.
Salomé, fille d’Hérodias et d’Hérode, tétrarque de Judée, a rencontré le Prophète, ce Jean-Baptiste alias Iokanaan, cousin et porte-parole de Qui vous savez, qui est un ennemi de l’ordre alors établi. Elle l’a reconnu et l’a aimé parce qu’elle a senti ou compris qu’il était vrai, et vraiment pur. Elle veut donc basculer avec lui et, s’il le faut, exigera sa tête pour pouvoir lui survivre, un temps. Jusqu’à élimination. Mais la mort de Salomé ne signifiera pas le constat d’un échec.
S’explorant comme toujours, Oscar Wilde nous sonde en permanence.
Georges Bigot est Hérode: hâbleur empathique, pléthorique, il évolue aux antipodes de ses partenaires féminines. Vanessa Larré est une Hérodiade insoutenable, tant elle est cruelle et inaccessible. Julien Mages est ce Iokanaan qui, paradoxalement, cheveux longs lui masquant à demi le visage, ne sait pas au départ qui il est et où il en est. Et c’est très bien ainsi, les voies du Seigneur étant impénétrables. Juan Bilbeny est leur accolyte à la présence indispensable. Et Lolita Chammah, comédienne ‘habitée’ est cette Salomé butée sans laquelle rien n’existerait de ce spectacle généreux et plus que déménageant.
Théâtre Artistic Athévains, mardi à 20h, mercredi et jeudi à 19h, vendredi à 20h30, samedi à 16h et 20h 30, dimanche à 16h.
Réservations : 01 43 56 38 32