17 novembre 2010

Bonjour, bonsoir, de Robert Poudérou

Bonjour, bonsoir de Robert Poudérou
Cette pièce entre clarté et crépuscule, comme son titre l’indique, occupe une place très particulière dans l’univers théâtral de Poudérou.
Si certains croient y tenir une « œuvre de maturité » (ne l’a-t-il pas atteinte déjà ? ) les plus clairvoyants y pressentiront le doute insomniaque sur l’avenir des relations humaines.
Deux abandonnés, deux déçus, deux résignés devisent sur un banc. Ils ne sont pas six, ni même deux, mais un plus un. Avec le silence, cette matière moderne plus résistante que le béton, et si étonnamment transparente, qui les traverse. L’un fait parler l’autre ou inversement.
Ils ne se nomment pas X et Y. Ils ont dû voter. Possèdent un numéro de Sécurité Sociale, pour mourir proprement. Ils ne croient plus en rien. D’ailleurs ils sont vieux. Pourquoi tenir à quelquechose, comme ce corps qui fait mal et répond de temps en temps, ou cet engagement qui a mené à… ça.
Claude Aufaure est le plus fragile et le plus méchant. Philippe Laudenbach, plus solide, réclame, supplie presque et ne recevra rien. L’un devant l’autre, ils essayent un masque, un autre, parlent de leurs femmes qui ne peuvent rien pour eux, et préparent déjà les pompes simplifiées de leurs funérailles ou brûleries.
Amer jardin asphalté où règne le bruit obscène des petites conversations misérables et autistes d’un portable au son « si personnalisé ». En quoi espérer ? Pour quoi s’engager ? Quelle imbécillité sur le front de l’honnête homme : qui l’y a posée ? comment ?
Noiceur éclairée par deux petites lampes de mineur, dans ce labyrinthe désaffectée de la modernité…
Ces vieux ne sont pas méchants. Ils en ont vu avant et maintenant :aïe ! Et c’est pourtant maintenant, là, que coule la vie. Ils ne sont pas bons, non plus. Féroces avec ce qui les a déçus et donné l le cheveu blanc et l’espérance, recroquevillée.
Pièce de désespoir, pièce sur la vie, puisqu’on n’écrit pas sur la résignation. On digère.
Et Poudérou ne « digère » pas l’effondrement de l’idéal qui abandonne l’Homme à la consommation morne.
Monologue à deux voix qui, cherchant à se réchauffer, peuvent embraser de nouveau le monde et faire taire le portable, sa voix bête et ses victimes forfaitisées, « Bonjour, bonsoir » a la vivacité du moraliste, de l’homme de combat que demeure Robert Poudérou.

Christian Morel de Sarcus