26 novembre 2010

Je ne suis pas ta chose

de Julien Daillère
Mise en scène Patricia Koseleff
Avec Julien Daillère, Laure Pagès et François Perrin
Le titre d’un précédent spectacle de la compagnie La Traverscène qui est à l’origine de ce spectacle: Les contes de la petite fille moche (créé en 2008) laissait soupçonner qu’une enfant probablement bourrée de complexes parce que pas forcément agréable à regarder, devrait s’inventer des histoires pour se réconcilier avec le monde . Je ne suis pas ta chose : vous l’avez entendu dire à son ou sa partenaire par un donneur d’ordres tentant d’abuser d’une autorité forcément familiale. Univers mornes et rétrécis dont il est impératif de s’échapper par le rêve, la poésie et d’abord l’absurde. Ce spectacle est réalisé par une équipe qui inclue - outre une metteur en scène étonnante - ses collaborateurs éclairagiste, scénographe, costumier, facteur de masques, compositeur, tous aussi sidérants qu’elle. L’intrigue se décline en tableaux, certains plongés dans une pénombre réjouissante et inquiétante, ponctuée par des musiques qui font décoller. Au départ le décor consiste en des pseudo-meubles bancals, réduits à des barreaux et tout à fait entassables. La valise où Maman-Monique veut loger les vêtements de Papa-Bernard et de leur Fifille-Océane, tous trois se préparant à aller passer des vacances d’hiver à la neige est un squelette, un non- lieu , tout comme le sont les pseudo-habits, lambeaux colorés jonchant le sol. Mais avant d’accéder à des sommets alpins, il va falloir que notre trio rende visite à cette Mamie qui se révèle être une vieille dame presque indigne refusant d’être reléguée dans un établissement pour dépendants, où elle est censée vivre ses vieux jours.
On vous en a forcément trop dit de la trame et sans doute pas assez du décor que Patricia Koseleff a voulu « familier et abstrait », qui séduit et interloque; non plus que des costumes pseudo- japonais, carrés et aux couleurs vives, ni des demi-masques troublants, balinais peut-être, et de la gestuelle commedia dell’arte, entre autres de ces comédiens, tous trois formés à l’école de Jacques Lecoq qui a réanimé un théâtre léthargique, et qui, mieux qu’habités, font de ce spectacle une bande dessinée fricotant avec un dessin très animé. Soir de première : les gamins et gamines du premier rang, les interpellent : « bonjour monsieur - bonjour madame », c’est très bon signe, n’est-ce pas ?
Théâtre Daniel Sorano à Vincennes, jeudi, vendredi, samedi à 20 h 45, matinées samedi et dimanche à 16h. Réservation : 01 43 74 73 74.