17 novembre 2010

L'augmentation, de Georges Perec

Mise en scène de Marie Martin-Gyonnet
Georges Perec écrit : « quatre pôles définissent les quatre horizons de mon travail : le monde qui m’entoure, ma propre histoire, le langage, la fiction ». Proposez à un candidat à l’agrégation de philosophie qui souhaite s’entraîner pour l’épreuve finale de plancher sur un pareil sujet, laissez -le souffrir, car le travail c’est aussi cela, et sauvez-vous… non sans lui avoir refilé, sortie de votre poche gauche (côté cœur) une photo de l’auteur à la chevelure pléthorique, hirsute et à la barbe itou, encadrant ce visage d’ancien enfant aux yeux archi-écarquillés. Sur son front trois rides synonymes de bénédiction des dieux pour être de haute caste dont la réincarnation sera fastueuse.
Elle l’est, grâce au Théâtre de la Boderie, cette structure normande dont Marie Martin- Guyonnet est en quelque sorte la mère.
Une troupe très cohérente dont les comédiens sont denses, carrés, authentiques, sans manigances mais à la gestuelle chorégraphiée, propose cette Augmentation qui remplit sa salle d’un public qui, immédiatement dans le coup, se met à trépigner tant le texte circonvolutif l’a empoigné et ne cesse de l’ahurir. Votre demandeur d’augmentation de salaire porte une chemise bleue, celle de son éventuel ou futur pseudo-patron est jaune, leur redoutable secrétaire (une femme) est forcément en rouge, et les chaises sur lesquelles tous trois se posent ou qu’ils déplacent sont jaune-rouge-bleu. Mais un très petit espace central vert - voyez synthèse - remettrait tout en question. Donc des questions…? Banco ! Nous avons ici un des spectacles les plus aboutis de cette jeune saison d’automne à Paris.
Théâtre du Guichet Montparnasse, du mercredi au samedi à 20h30.
Réservations : 01 43 27 88 61