19 novembre 2010

Le fantôme de l'Opéra

Le fantôme de l’opéra, d’après l’œuvre de Gaston Leroux
Adaptation et mise en scène Henri Lazarini
Avec Pascale Petit, Patrick Andrieu, Marie-Christine Danède, Benoît Solès, Jean-Baptiste Marcenac, Alix Bénézech, Jean-François Guilliet et Emmanuel Dechartre.
On ne compte plus les adaptations cinématographiques que cette œuvre a suscitées dans le nordique et brumeux monde anglo-saxon d’où pourrait surgir le père d’un nouvel Hamlet. Dans des pays plus proches de la Méditerranée et qui se croient adeptes du rationnel, ce sont les théâtres où règne une irréalité difficile à exorciser, que les fantômes peuvent hanter. L’Opéra de Paris serait donc l’un d’entre eux. Rocambolesque et carambolesque, le spectacle où Emmanuel Dechartre époustoufle dans le rôle principal, se décline d’abord en noir-gris-blanc: pseudo-couleurs des costumes superbement baroques que Jérôme Bourdin a voulus pour ses huit comédiens et d’abord les forcément fausses fleurs que la cantatrice du début (Pascale Petit , diva pléthorique) tient à la main. Gris les lampadaires et autres meubles légers et facilement déplaçables qui occupent la scène quand le directeur de l’Opéra (rationnel et truculent Jean-François Guilliet, avec un vrai cigare en prime) tente de faire le point sur ce qui se passe dans ce lieu qu’il administre mais ne maîtrise pas forcément. Blanc-gris-noir les costumes avec capes ou chapeaux haut de forme pour vos jeunes et si beaux messieurs, froufroutants et somptueux pour la jeune Christine attendrissante petite orpheline (Alix Bénézech) dont un beau et noble jeune homme (sémillant Benoît Solès) est éperdu mais que convoite aussi l’homme au visage grêlé arborant un demi-masque, ce ‘fantôme’ qui n’ose lui déclarer sa flamme.
Et puis ce que, naïf, vous auriez confondu avec une simple toile de fond mais qui n’est qu’un écran léger derrière lequel les personnages se réfugient pour en resurgir bientôt. Escaladant des bâtiments en trompe-l’œil, ils y voguent sur des barques pour lagunes, mais des couleurs primaires : rouge sanguinolant ou bleu d’extase y déferlent. Bruits d’orage, musiques tonitruantes : soit les épisodes d’un divertissement où les tours de passe-passe et de magie se succèdent selon une scénographie étourdissante. Travail remarquablement abouti d’une troupe cohérente de huit comédiens rares, même si l’intrigue est digne d’un polar-mélo bon à faire pleurer d’anciens marmots à peine montés en graine.
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, jusqu’au 1er janvier, mardi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h, matinée le samedi à 16h. Réservation : 01 45 45 49 77