06 novembre 2010

L'illusion exquise

L’illusion exquise, farce philosophique de Luca Franceschi, mise en scène de l’auteur.
« Voici un étrange monstre que je vous dédie » écrit Pierre Corneille en 1639 à propos de son Illusion comique. En 2009 l’Illusion Conjuguale d’Eric Assous est un succès au théâtre de l’Oeuvre, et cette saison-ci au Théâtre 13 à la programmation exigeante et l’accueil chaleureux, s’installe une nouvelle illusion signée Luca Franceschi , créée en 2009 sous le titre ‘Prova Aperta’ ( répétition publique). Traversant et retraversant la salle à grands bonds, ils atterrissent à sept sur le plateau. D’abord Chantal fine et jolie jeune metteur en scène d’un spectacle qui va se donner et dont l’ultime répétition est ‘ouverte’ au public. Tout va s’y fignoler ou peut-être s’y décider vraiment , mais la patronne se fait vite déborder par ses comédiens dell’arte masqués, avec ou sans nez rouges, plus ou moins métaphysiquant, et qui s’interrogent : donc « l’auteur, le comédien, le personnage, le texte ? ». Ils tentent de s’expliquer, dansent et finissent par chanter polyphoniquement a cappella et à ravir , pour qu’ une véritable harmonie soit atteinte ou restaurée.
Leurs personnages appartenant à un univers pirandellien sont plus en quête de directeur d’acteurs que d’auteur. Ce sont aussi les cousins de héros shakespeariens ou les fils et filles de dramaturges contemporains. Telle est l’alliance farcesque voulue par l’auteur qui, sur scène, est un vieux-beau Pantalone désopilant à la barbe quichottesque.
Théâtre dans le théâtre oblige, au centre du plateau une petite structure du style mini-scène avec rideaux auxquels nos énergumènes pourront grimper ou qu’ils feront valser pour que l’illusion, pendule-métronome, oscille entre gauche et droite. Mélange de genres, mini-univers qui se côtoient, s’entremêlent, s’entrechoquent tout en cohabitant. Très vite dans la salle on n’en peut plus de rire grâce à ces acteurs dont certains sont nés italiens et ont en prime un tempérament et une énergie que nous autres franchouillards pourrions leur envier ; particulièrement le camarade avec fausse bosse et masque lourd, ce Caliban-bis, qui vitupérant dans la langue de Cervantès… « hijo de puta !» nous déconcerte plus encore.
C’est pléthorique, fantasmagorique, mais surtout on est fasciné par la cohérence de la troupe et le travail qu’elle accomplit.
Théâtre 13, jusqu’au 12 décembre, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Réservation : 01 45 88 62 22