01 novembre 2010

Manuel d'engagement politique

Manuel d’engagement politique, de et avec Yves Cusset
Donc un titre plutôt pour pépés et mémés, parce que de nos jours… et qui évoquerait quelque chose en rapport avec des « notions essentielles » relatives au devoir primordial de tout citoyen-moyen foncièrement et forcément honnête: du genre engagez-vous, rengagez-vous ! et quant à l’engagement : « trop souvent le langage ment ». Enfants balbutiants, les mots sont notre première patrie et deviendront notre ultime recours. Yves Cusset les habille, rhabille, les confronte, jongle avec, les envoie dans les cintres et les reconvoque pêle-mêle pour qu’ils l’adoubent à nouveau et nous avec.
Le comédien-auteur, par ailleurs normalien, agrégé docteur en philosophie est beau, charnel. D’abord vêtu de noir il évolue élégamment sur le plateau avec un minimum d’objets qui ne sont surtout pas des gadgets (merci Fanny Fajner qui orchestrez la mise en scène), mais ce qu’il y dit nous entourloupe dès les premières secondes d’un parcours qui se décline en une demi-douzaine de séquences. Les rêves facétieux s’y cognent à des réalités parfois grinçantes qui sont des absurdités déguisées, mais d’abord des paradoxes. Les jeux de mots côtoient les considérations métaphysiques et des absurdités pseudo-existentielles.
«Est-ce qu’en naissant (…) je ne prends pas la place de quelqu’un d’autre ? » « Dieu lui-même est de droite, mais notre cœur est à gauche »… « payer l’ISF ou être SDF ? ». Et puis l’Identite nationale ? Yves Cusset entonne ce « Monsieur le Président, je vous fais une lettre » de Vian qu’il remanie en en faisant la chanson d’un policier aux frontières écoeuré par les expulsions qu’il doit effectuer, et qui va démissionner.
Deuxième mi-temps : il a ôté sa chemise et son pantalon noirs pour nous faire face, dans la tenue blanche d’un pensionnaire d’hôpital psychiatrique . Il a atterri dans « un des meilleurs asiles du monde… pas besoin d’être inquiet. » Il a ‘amélioré’ son vocabulaire et ne dit plus « expulser » mais vouloir « prendre un enfant par la main pour l’emmener vers demain ».
Ce spectacle brillant cascadant durant 70 minutes nous laisse aussi ravis qu’épuisés ; il se donne rue du Retrait … retraits ? non ! ajouts, bons points, et vingt sur vingt, mention très bien.
Théâtre de Ménilmontant, salle Labo, jeudi, vendredi, samedi à 19h30, dimanche à 16h Réservation : 01 46 36 98 60