11 décembre 2010

Le visage émerveillé, d’Anna de Noailles

Adaptation Ludovic Michel
Mise en scène Thierry Harcourt assisté de Stéphanie Froeliger, décors Patricia Rabourdin, costumes Christian Gasc, son Clément Poisson
Avec Lee Fou Messica
Adapter pour le théâtre un roman au titre qui peut faire rêver (mais qu’en des temps aux horizons nuageux, de jeunes réalistes qualifieraient éventuellement de mièvre) d’une grande dame, écrivain immense, qu’on croit n’avoir été que poétesse est une première gageure. Choisir la comédienne qui incarnera le personnage, cette jumelle de l’auteur en est une deuxième ; concevoir des décors pour ce qui ne doit pas devenir un énième monologue scénarisé astucieusement avec pléthore d’accessoires, est la troisième.
Vous en faudrait-il une quatrième et plus encore?
Lee Fou Messica est là, silhouette juvénile, visage lisse, regard vers le haut, dans un costume joliment élaboré de nonne ; elle peut aussi se mettre à danser, comme on le ferait dans un Orient asiatique. Elle dit comment, très-jeune fille ardente et rebelle, elle a décidé de devenir sœur Sainte Sophie dans un monastère où elle s’est volontairement réfugiée, où la mère abbesse l’a fascinée et l’aumônier immédiatement glacée. Jusqu’au jour où un jeune Julien a voulu la rencontrer, là, dans le jardin derrière le couvent. Cela s’est fait et elle est devenue femme tout en restant en quête de Dieu et d’elle-même.
Faiblesse, force, pureté, désir, amour, initiations, acceptations, sacrifices, transcendances et quête permanente.
Mais surtout un jaillissement de mots tendres et généreux s’associant de façon fulgurante.
Finalement « Vous tuer et mourir avec vous ?» suggère sœur Sainte Sophie à son Julien.
Musiques belles, une lampe descend des cintres, une fenêtre qui n’existait pas mais que Lee Fou fait s’ouvrir, des fleurs sur sa table qu’on retrouve fichées au centre du mur mi- parcours du décor, et ces trois autres parois qui sont des tableaux noirs pour écoliers sur lesquels elle dessine entre autres un lit, et inscrit : printemps, été, automne. Au jardin et à la cour les lumières de Jacques Rouveyrollis rougeoient. On redoute le moment où elle refermera le cycle avec ‘hiver’. Mais on a compris pourquoi vous irez voir ce spectacle et ferez un ‘bouche-à-oreille’ disant à ceux que vous aimez le bien que vous inspire, une fois de plus, la programmation courageuse du Théâtre des Déchargeurs.
Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris, à partir du 4 janvier, jusqu’ au 26 février 2011, du mardi au samedi à 21h30. Réservation : 01 42 36 70 56