19 décembre 2010

Les deux timides, de Labiche

Mise en scène : Clément Goyard
Cécile a pour père Thibaudier monsieur plus qu’affable mais dont la timidité lui fait redouter de s’opposer à quiconque, craignant d’être obligé de lui dire non. Il bat régulièrement en retraite et se donne des prétextes peu convaincants pour le faire. Sa fille a pour amoureux récent mais éperdu ce Jules Frémissin prompt à frémir qui, avocat, n’a osé plaider qu’une seule fois dans une affaire désastreuse où l’inculpé avait ‘laissé tomber’ sa canne sur son épouse. Depuis une quinzaine de jours le père de Cécile héberge le sémillant Anatole Garadoux, ce veuf qui a une « facilité de parole » telle qu’il ne laisse personne en placer une. Il a résolu d’épouser Cécile - voyez dot - et de se rendre ce jour-même à la mairie pour conclure l’affaire. Que le futur beau-père obtempère ! Celui-ci le ferait certainement, pour avoir une certaine paix, mais Cécile n’est absolument pas d’accord. Si son père en décidait ainsi elle entrerait au couvent. De son côté Jules avoue qu’il atterrira à l’asile de Charenton s’il n’obtient pas la main de sa dulcinée. Schéma d’une pièce courte mais qui explose avec quiproquos suavement concoctés, entrées et sorties de scène inopinées, vrais-faux monologues. Et encore digressions du genre coq à l’âne quand, mis au pied du mur, nos timides refusant d’imposer leurs points de vue et de frapper du poing sur la table, se mettent, par exemple, à décliner les types de roses qu’ils préfèrent, mais aussi à mettre par écrit ce qu’ils n’osent pas dire. Cela donnera des lettres forcément envoyées aux mauvais destinataires. Quiproquos, embrouillaminis... Annette, la soubrette commente.
Pour ses comédiens, tous excellents Clément Goyard a choisi des costumes d’aujourd’hui et une mise en scène avec gags. Quand vous entrez dans la salle la domestique qui finissait d’y passer l’aspirateur disparaît en coulisses : vous vous êtes laissé piéger… mais elle revient pour empoigner une guitare avec laquelle elle accompagnera les airs chantés par tous. Cécile, seule décideuse, n’a rien d’une ingénue ; elle est très physique avec un sex-appeal redoutable. On comprend pourquoi son timide-à-elle est prêt à flancher. Quant à son père, devant l’aplomb de la demoiselle, il balbutie ou bégaye. La salle a vite le fou-rire. Une petite heure de délire.
Les deux timides se donneront une quinzaine de fois jusqu’au 11 mars au
Théâtre du Nord-Ouest, ne les manquez surtout pas.
Dates et réservation : www.theatredunordouest.com et 01 47 70 32 75