14 décembre 2010

Les liaisons dangereuses ou la fin d’un monde…

d’après Choderlos de Laclos
Il y a quelques décennies on étudiait ce chef-d’œuvre au programme de la classe de terminale pour la flamboyance et la subtilité de la langue de Laclos, plus encore que pour son côté psycho-quelque chose. A vrai dire, pour les deux sans doute.
Sans doute aussi pour que les jeunes gens (et surtout les jeunes filles) adolescents forcément perturbés soient soulagés : le « désir charnel » existe, il est peut-être même à l’origine de leur mise au monde par une mère qu’ils n’imaginaient que comme une Vierge Marie. N’est-ce pas chère Cécile de Volanges qui en 1782, à quinze ans, sortiez du couvent pour être unie à celui que vos parents vous avaient choisi (vous imposaient) pour époux.
Mais en cette fin du 18ème siècle le paysage est autre ; chez les « grands » l’élégance et les manières enfouissent tout et le paraître masque l’être.
Odieux nombriliste, mais fascinant parce que faussement métaphysique, moins domjuanesque que confisqueur de vies, authentique pervers narcissique avant l’invention de la formule, tel est le vicomte de Valmont, personnage central. La marquise de Merteuil qui fut sa maîtresse et dont le sort semble lié au sien est d’une perversité semblable. En souffrent-ils ? Est-ce aussi pour cela qu’ils entament systématiquement les êtres qui les entourent ?
Ce roman épistolaire a été récupéré par le cinéma, la télévision et souvent porté à la scène, mais ce qu’en font Régis Mardon et Pascal-Emmanuel Luneau est étonnant. Cinq personnages (les autres soigneusement passés à la trappe) soit un homme et quatre femmes évoluent dans cette cave voûtée. Excellent choix de lieu, tant il permet de s’éclairer aux chandelles et d’y avoir de vraies peurs d’enfant pendant les noirs, tandis que sont systématiquement déplacés chaises, divans-canapés-lits et petits bureaux où ces dames en costumes d’une beauté à se pâmer, font crisser leur plumes sur des feuilles qui deviendront lettres aux confidences redoutables.
Lumière, pleins feux: les ex et futures conquêtes du vicomte se tombent dans les bras. Lui et son ‘ancienne’ s’empoigneraient presque, épisode voluptueux sur une table devenue lit, mais tout reste élégant. Petite manipulation de plus, Valmont intervient depuis la salle, mais depuis longtemps nous sommes conquis.
Lui et Elles ce sont : Michel Laliberté (Valmont), Marie Delaroche (Marquise de Merteuil), Guylaine Laliberté (Présidente de Tourvel), Maria Laborit (Madame de Rosemonde) et, ex - aequo : Eloïse Auria et Coralie Coscas dans le rôle de Cécile. Tous excellentissimes.
Théâtre Essaïon, jusqu’au 29 janvier, du jeudi au samedi à 21h30, dimanche à 16h30
Réservation : 01 42 78 46 42