28 octobre 2010

Don Juan, d'après Molière, adaptation de Brecht

Don Juan, d’après Molière, adaptation de Brecht
Mise en scène de Jean-Michel Vier
Pourquoi aller voir Don Juan au théâtre du 21ème siècle ? Serait-ce qu’en ce début de siècle, conscients de porter sur nos épaules deux millénaires barbares, nous avons besoin de bain de jouvence. Celui que nous propose le metteur en scène Jean-Michel Vier avec l’adaptation de Brecht est parfumé au savon de Marseille, mousseux et léger. Don Juan, jeune et fringant, n’a cure d’apparaître comme un libre penseur, il est plutôt comme un poisson d’une eau sur laquelle glissent des pêcheurs impuissants barbotant tant et plus pour exprimer leur fringale et leur déconvenue face à cet iconoclaste.
Il est jouissif d’entendre Don Juan user de la rhétorique comme une éponge pour berner ses interlocuteurs, et dont peuvent s’inspirer d’ailleurs nos politiciens. Car la fascination qu’ il exerce par son toupet a ce privilège inouï d’étouffer les plaintes et rabattre le casquet de notre bonne conscience. Tournée en rigolade, cette comédie de la vie où Don Juan n’entend que faire étinceler ses désirs, est un tour de manège, une roue qui tourne sans états d’âme. Dans ce ballet où les paysans transformés en pêcheurs pataugent sans se faire prier, les lamentations du père et la dulcinée éconduite paraissent dérisoires. Evidemment comme la bienséance veut que la morale ait le sernier mot, c’est Don Juan qui s’échappe le premier dans la tuyauterie avec l’eau du bain à la stupéfaction des pêcheurs qui n’ont pas compris que l’avaient précédé bien d’autres victimes innocentes, mais moins spectaculaires. Nous ressortons de ce spectacle, rafraîchis, sans récrimination aucune, avec un peu de talc dans les mains, regrettant toutefois que les pêcheurs de Brecht aient repêché un Don Juan aussi indolore, très séduisant certes, mais sans sel, trop aimable en somme. Cette insensibilité (que les pêcheurs prêtent à Don Juan) n’est-elle point naturelle ? L’effroi stigmatisé par la figure du Commmaneur tombe à l’eau également. Comment croire que ce Don Juan poupon puisse camoufler un visage de dictateur ? A cet égard, pourquoi avoir pitié des victimes : Elvire, son père et compagnie ? Don Juan a été mal élevé, Elvire a lu trop de romans à l’eau de rose. Tous coupables, nom d’une pipe, de ne croire qu’en eux-mêmes ! Or la vérité, nous ignorons encore d’où elle sort, mais imaginons un peu qu’elle sorte toute nue de l’eau du bain… à son tour, elle se moquerait de nous pour faire place au spectacle. En ce sens, la jolie mise en scène de Jean-Michel Vier, encore un peu tatonnante, prêtes ses gages. C’est vivant et divertissant. Les comédiens jouent plus qu’ils n’incarnent leurs personnages. Les mots sortent comme des papillons de la bouche de Don Juan. A noter le quiproquo de Don Juan avec ses deux donzelles, fort bien enlevé.
Mais pour que le commerce soit total dans cette comédie sans répit, il serait profitable que les comédiens jonglant avec plusieurs rôles, jettent davantage leurs masques, ne serait-ce que pour forcer le trait ou le portrait. Après tout Brecht n’a-t-il pas écrit ‘par-dessus’ le Don Juan de Molière ?

Evelyne Trân

Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h .
Réservation : 01 45 44 57 34

Dernière station avant le désert

Dernière station avant le désert, de Lanie Robertson.
Adaptation Gilles Ségal, mise en scène Georges Werler.
L’affiche est à la fois énigmatique et explicite : il s’agit d’une station service, voyez le niveau du carburant à la pompe ; quant au petit personnage avec casque à droite, ce n’est pas une figurine pour baby-foot mais un soldat. Quand les lumières montent sur scène vous comprenez que le désert se trouve quelque part aux USA. Le décor très réaliste est chargé mais généreux : bar avec tabourets à gauche, pneus de rechange posés négligemment ici et là, table de billard au milieu du plateau, et surtout cette porte de sortie (ou d’entrée) au centre.
A droite un meuble approximatif avec, posé dessus, un ventilateur à deux cents qui tourne pour que la troublante jeune femme en robe plus que sexy et chaussures à talons redoutablement ‘aiguille’ puisse se rafraîchir le visage, à défaut du reste… Un légèrement plus que quinqua, monsieur rondouillard qui pourrait être son père, mais apparemment est son ‘conjoint,’ vitupère devant le bar. Un jeune homme en débardeur et jean vu de dos, est assis sur une chaise. Histoire à trois ? Oui et non. A partir de là nous n’avons plus le droit de vous dire quoi que ce soit à propos de cette pièce phénoménale qui, mariant les genres et nous coinçant à toutes sortes de tournants envisageables ou non, fait frissonner… à part qu’elle dénonce ce qu’on pourrait nommer un « Bushisme-voyez-père-et-fils » . Donc recadrage de ces jeunes combattants revenus ‘défoncés’ d’un Viet-quelquechose, impossibles à recycler mais qui ne devront surtout pas raconter ce qu’il en est de la réalité de ces guerres-prétextes. La raison d’Etat, donc, mais aussi l’argent qui peut tout, avec manipulations obligées. On vous en a trop dit.
L’auteur qui confesse : « J’aime la pièce. Je déteste avoir eu à l’écrire » avoue : « tout est mensonge, immoralité, cruauté, perversité ».
Langage dru, jurons ordinaires, allusions aux choses du sexe et insultes-défouloirs gratuites qui basculant dans le canular font vite suffoquer de rire. Coups de théâtre et coups de feu (pan-pan-pan et re-pan-pan-pan) mais les armes étaient-elles à blanc ? Mise en scène mouvementée et très physique avec épisodes farcesques.
Mais surtout et d’abord les comédiens: trois au départ mais cinq à l’arrivée, tous magistraux, qui habitent ingénieusement leur texte et se font entendre parfaitement. Un spectacle à découvrir et aimer dans ce théâtre où vous serez accueillis de façon plus qu’aimable, ce qui n’est pas toujours le cas. En aurions donc encore trop dit ?
Théâtre du Petit Saint Martin, jusqu’au 20 novembre, du mardi au samedi à 20h30. Réservations : 01 42 02 32 82 .

L'écrit de Cri

L’Ecrit de Cri, de Christelle Meyer
One woman no show.
Christelle, comme ses consœurs Christiane et Christine a probablement commencé par être une ‘Cri-Cri’ à la maternelle et puis ensuite au ‘gymnase’, son lycée suisse. Petit module, cette jeune comédienne est une vraie grande gueule. Chemisier noir flottant, pantalon clownesque, elle se coiffe d’une perruque très blonde ou arbore un nez rouge ; elle hausse les sourcils, nous lance un regard faussement naïf, mais son large sourire évoque celui d’une certaine Chérie Blair. Elle a le sens de la dérision, aime les mots rigolos dont elle se sert pour dénoncer les incohérences, futilités grotesques de la société actuelle de consommation - et pas forcément helvétique - qui encense vite fait et unanimement des gens qu’elle décrète ‘géniaux’ tenez : les idoles de la télévision, entre autres ? pour tout zapper illico. Elle se pose des questions quasi-métaphysiques : « être né… y avait pas autre chose ? » et puis elle rêve d’« un monde où la femme … » mais lequel ? Pschitt ! Elle a déjà enchaîné sketches sur ‘no-sketches’ gouleyants. Nous tentons de la suivre en souriant ou en riant follement, puis elle se met à danser. Elle a choisi des lumières très fortes, le tempo de son spectacle est trépidant mais également d’une précision très suisse, et le lieu où elle nous accueille est cette cave chaleureuse dans le haut-Belleville, café-théâtre à la programmation variée.
La Providence, 73 rue Rebéval 75019 Paris, à 19 h vendredi et samedi Réservation : 01 42 00 25 75 et mesresas@aliceadsl.fr

24 octobre 2010

Footloose

Footloose, le musical, (ou la comédie musicale pop/rock)
D’après le scénario de Dan Pitchford et Walter Bobbie, adaptation française de Nicolas Laugero-Lasserre et Jacques Collard.
‘Must’ depuis sa création en 2004 en Grande Bretagne et sa reprise aux Etats-Unis en 2008, il fallait qu’elle vienne en France …Footloose ? (l’écho répond ‘fancy-free’… soit libre de ne jamais se laisser enfermer, même et paradoxalement dans un quelconque amour). Soit libre d’aller où l’on veut, de ne pas se sentir compressé comme dans des chaussures, ces souliers responsables de tant de malformations, déformations et pire ; or nos pieds sont la partie la plus indispensable de notre être… ne vous inquiétez pas pour ceux des comédiens-chanteurs-danseurs-cascadeurs-acrobates, ils officient sans ces carcans-là et s’ils s’en chaussent c’est par pure dérision.
Années 1980 : aux Etats-Unis Shaw Moore (pasteur protestant) - et sa femme- ont perdu leur fils dans un accident de voiture. Gavé de musique pop-rock, une nuit peut-être chargée il s’est envoyé dans le décor. Le révérend en a conclu que la danse et les trémoussements obscènes du rock n' roll (Elvis-the-pelvis) relèvent de la pornographie, donc que le diable s’agite là-dessous, et qu’il faut en débarrasser le genre humain. Bonne croisade ‘Mister-Parson’ !
Ren, gosse plutôt dégingandé, pas encore en classe de terminale, danse, chante en adepte du rock auquel il croit. Pour des raisons pratiques sa mère et lui ont dû quitter Chicago et ont atterri à Beaumont, Texas, microcosme où un petit monde corseté s’épie. Le Révérend Shaw-Moore, par ailleurs époux évidemment modèle, y est le maître à penser-gourou-censeur de sa petite communauté de fidèles. Il dénoncerait bien toutes sortes de sorciers de Salem et d’ailleurs. Mais Ariel sa fille, pas vraiment rebelle, mais qui veut vivre avec son temps-à-elle vient de rencontrer Ren…
Franchouillards rationnels, touchés par cette évocation d’une époque révolue nous sourions à l’idée que notre bon sens aura le dernier mot, autant que leur soif à eux de happy end. Amen !
Footloose dans cet ‘Espace’ si prestigieux et raffiné, c’est une troupe de jeunes comédiens-danseurs-chanteurs-acrobates-cascadeurs, tous (et toutes) jeunes, plus que beaux (belles que belles) et qui nous désopilent. Deux heures durant - avec entracte - ils font vibrer la scène avec pour décor des écrans-vidéos où se succèdent des images faisant tilt en permanence.
Et si les airs ont été traduits en français, les refrains des principaux « tubes » restent en anglais, ce qui fait qu’on se surprend à les chanter avec eux.

Espace Pierre Cardin, du mardi au samedi à 20h30, samedi et dimanche à 15h30.Réservation : 08 92 68 36 22.

23 octobre 2010

Barbara de l'Ecluse au Châtelet

Barbara de l’Ecluse au Châtelet.
Avec Marie-Hélène Féry (jeu et chant), Rober Pouly (piano) et Sergio Tomassi ou Jacques Ferchit (accordéon).
En ce début de saison où tant de spectacles sont repris ou se créent, au prestigieux Théâtre de l’Œuvre (Paris - rive droite) se donne « Les dames du jeudi » pièce qui nous avait enchantés en 1976. Mais rive gauche, à Saint Germain des Prés, dans une de ces caves des bords de Seine que l’Europe nous envie, officie une étonnante « dame du mardi » : une fois par semaine Marie-Hélène Féry y devient la « dame brune », cette Barbara qu’elle avoue avoir portée en elle pendant si longtemps et dont elle n’a osé accoucher qu’après avoir compris qu’il le fallait, pour elle comme pour nous, parce que « ses chansons disent l’amour , la mort, la solitude, le temps qui passe, mais aussi la révolte, la différence, la beauté de la vie et de la nature, l’espoir et le bonheur de vivre. »
Spectacle habile et tendre. Soit deux époques. La première nous ramène aux années où Barbara, pianiste et chanteuse a décidé de servir les auteurs et poètes qui la nourrissent et la font exister et qui, comme elle, sont en recherche sur un chemin dont elle aime tout ignorer des méandres et de ce qui se présentera aux prochains tournants : Brel, Brassens, entre autres.
Ne vous étonnez-pas si , déjà, la jolie voix de Marie-Hélène est devenue le double de celle de cette dame qui, d’ailleurs, ne s’en étonnerait pas. Filiation mais aussi osmose.
Les musiciens remarquables professionnels et dont l’éloge n’est plus à faire, en nuances et en force depuis le début du spectacle prennent sa relève et, seuls, rendent hommage à Barbara en nous offrant ce qui n’est pas qu’un simple intermède tiré d’une dizaine de ses compositions.
Et puis Marie-Hélène se met à chanter Barbara, telle qu’en elle-même , les lieux en France qu’elle nous fait découvrir ou re-découvrir : son ‘Petit Bois de Saint Amand’ et ‘Nantes’ où il pleut si intensément. Elle raconte la genèse de ce ‘Gottingen’ composé par amitié , et chante ses doutes (l’Aigle noir plane un temps avant que surgisse un Aigle blanc) ses cantates et ses joyeux Noëls.
La comédienne-chanteuse et interprète en tenue noire, si sobre quand elle est face micro ou micro à la main, s’anime quand elle le pose et chante à voix nue comme cela se faisait autrefois au cabaret. Elle est si lumineuse, charnelle, sensuelle… nous nous rendons compte que notre plus belle histoire d’amour c’est elle qui nous l’offre.

Théâtre de Nesle, tous les mardis à 21 heures. Réservation : 01 46 34 61 04

20 octobre 2010

Something Wilde

Something Wilde, d’après Salomé d’Oscar Wilde
Mise en scène Anne Bisang
Soit des femmes aux commandes : la metteur en scène, la responsable de la dramaturgie, la scènographe et les créatrices de costumes.
Et puis il y a les personnages féminins, la mère Hérodias et sa fille Salomé, confiés à deux comédiennes tour à tour hiératiques ou véhémentes. Robe longue pour la génitrice, archi-courte pour la rejetonne mais qui laissent entrevoir et adorer leurs jambes.
Les hommes arborent des tenues diverses : Hérode, le père, est en chemise blanche (qu’il mouille) et pantalon noir ordinaire. Plus érotique encore, mettant en valeur son torse, tel est l’uniforme entrouvert du jeune Syrien qui est aussi un garçon de piste déplaçant sur scène les projecteurs de manière à donner l’impression d’un tournage de film dont on ne sait surtout pas à quoi ressemblera la séquence suivante et ni même si le scènario respectera la chronologie de l’œuvre wildienne.
Un décor asymétrique, des éléments dont on croit connaître la fonction mais qui, récupérés, deviendront un mobilier valseur et polymorphe. Vers les cintres un écran genre ‘télé,’ mais rond, où se bousculent des images indéchiffrables. Une trappe s’ouvrira qui aura englouti le Prophète ainsi réfugié dans des oubliettes. Salomé a des cheveux courts avec franges d’un noir ravageur en première mi-temps et ses yeux sont archi-charbonnés. Elle réapparaitra blonde et évanescente en peignoir clair et ne dansera surtout pas la danse aux sept voiles.
Oscar Wilde a écrit sa Salomé dans un français tendre et raffiné, mais le titre choisi par l’équipe suisse qui a créé ce Something Wilde nous a renvoyés vers le pays qui, pour les raisons que l’on sait, a honni, banni et tenté d’écrabouiller le poète et aussi de lui couper la tête.
Salomé, fille d’Hérodias et d’Hérode, tétrarque de Judée, a rencontré le Prophète, ce Jean-Baptiste alias Iokanaan, cousin et porte-parole de Qui vous savez, qui est un ennemi de l’ordre alors établi. Elle l’a reconnu et l’a aimé parce qu’elle a senti ou compris qu’il était vrai, et vraiment pur. Elle veut donc basculer avec lui et, s’il le faut, exigera sa tête pour pouvoir lui survivre, un temps. Jusqu’à élimination. Mais la mort de Salomé ne signifiera pas le constat d’un échec.
S’explorant comme toujours, Oscar Wilde nous sonde en permanence.
Georges Bigot est Hérode: hâbleur empathique, pléthorique, il évolue aux antipodes de ses partenaires féminines. Vanessa Larré est une Hérodiade insoutenable, tant elle est cruelle et inaccessible. Julien Mages est ce Iokanaan qui, paradoxalement, cheveux longs lui masquant à demi le visage, ne sait pas au départ qui il est et où il en est. Et c’est très bien ainsi, les voies du Seigneur étant impénétrables. Juan Bilbeny est leur accolyte à la présence indispensable. Et Lolita Chammah, comédienne ‘habitée’ est cette Salomé butée sans laquelle rien n’existerait de ce spectacle généreux et plus que déménageant.
Théâtre Artistic Athévains, mardi à 20h, mercredi et jeudi à 19h, vendredi à 20h30, samedi à 16h et 20h 30, dimanche à 16h.
Réservations : 01 43 56 38 32

18 octobre 2010

Le dernier venu

Le dernier venu, de Roger Défossez
Mise en scène de Xavier Lemaire
Avec Guylaine Laliberté et Bernard Carpentier.
Alors que Sacha le magnifique, spectacle de et avec Francis Huster, vient de se donner, pour notre grand plaisir, dans un lieu parisien prestigieux des Grands Boulevards, voilà que l’étonnant et magique Essaïon au coeur du Marais nous offre ce que nous aimerions surnommer : ‘Ponpon le mirifique’. Qu’ont Sacha et Ponpon en commun ? Rien, si ce n’est que ces deux êtres à la personnalité forte sont rejoints par des jeunes demoiselles dont ils feront leurs confidentes à moins que ce soit le contraire.. Cela nous change enfin de ces couples de quadra-quinquas au bord de la crise de nerfs qui, sur scène une cette saison de plus, règlent ce qu’ils croient être leurs vrais comptes, habilement et même drôlatiquement parfois, mais qui ne font jamais avancer le schmilblick d’un millimètre .
Ponpon est un clochard, homme aussi libre qu’engagé et métaphysique. Blagueur-raisonneur il enchaîne citations, bons mots et autres jeux de mots qu’il a mis de côté pour qu’ils lui servent de viatiques...au cas où. L’auteur avoue que sa rencontre avec un authentique SDF près de ce Théâtre de la Huchette (où il a joué la Cantatrice chauve des milliers de fois) a « excité son imagination ». Sa Patricia (Patacrêpe ?) porte des socquettes, et des cheveux noués en couettes, voyez années Sheila. Sa famille est en pleine déconfiture : parents et grand-parents carrément hors-jeu, absents ou malades. Elle loge au quatrième - forcément sans ascenseur- chez sa mère dans l’immeuble au pied duquel Ponpon s’est ‘domicilié’. On lui a enseigné qu’elle ne doit jamais (dans la rue ou ailleurs) répondre au premier venu. Mais Ponpon clame qu’il est et restera un vrai dernier venu.
Mais qui devient-il dans l’ épisode où notre jeunotte redescend sur scène en tenue de mariée ?
Huit épisodes- séquences régis par des noirs, de parfaits bruitages et des ré-occupations de décors avec lumières toujours inventives . La scénographie avec utilisation de la cave et surtout de ses escaliers est plus qu’ingénieuse. Les comédiens : Bernard Carpentier dense, habité, intense et sa ‘crevette’ : Guylaine Laliberté, bondissante, rigolote, surréaliste, et parfaitement en phase avec lui, nous ont fait décoller. A votre tour !

Théâtre Essaïon, les jeudis, vendredis et samedis à 20 heures.
Réservations : 01 42 78 46 42.

15 octobre 2010

La course

La course, texte et mise en scène de Colette Alexis Varini.
Comme un extrait de chair qui ourlerait un lambeau de souvenir, la pièce de Colette Alexis Varini réussit la gageure d’interroger cette plaie béante, cette balafre dans la continuité de la chaîne humaine que représentent les guerres sous la bannière du dogme « Travail, famille, patrie ». Il y a des douleurs difficiles à exprimer parce qu’elles appartiennent à l’inconscient collectif et que l’individu, quel qu’il soit, est une pâle figure en regard de l’histoire d’un pays qui plante son drapeau sur le sol souillé du sang des soldats. A cet égard, le texte de la Marseillaise a la mérite d’être très éloquent. Toutes ces vies humaines sacrifiées au nom d’un dogme qui les dépasse, font partie aussi de l’histoire, une histoire à petite échelle d’individus qui n’iront jamais rejoindre le cortège des défilés de l’armée, en grande pompe, aux Champs -Elysées le 14 juillet. Tout simplement parce qu’ils sont morts, morts, dit-on pour la patrie. Comment des évènements extérieurs, des déclarations de guerre, peuvent-ils devenir la bêche fossoyeuse, capable d’ensevelir des multitudes d’histoires anonymes qui ne peuvent plus se cramponner qu’à un souvenir déteint, rouillé, puis recouvert du vernis de l’oubli ? A cette question « D’où viens-je ? » des enfants répondent « Nous venons de la mort ». Et si la mort pouvait parler, si elle pouvait ne pas s’arrêter de parler, c’est à cause de cette grande frayeur de silence, ce grand froid que peuvent éprouver, pieds nus, ces mêmes enfants qui jouent à la marelle dans un cimetière.
Dans cette pièce, les humains qui évoquent des vies sinistrées donnent l’impression de se pencher au-dessus d’une tombe vide. En l’occurrence, il s’agit de celle de leur frère, fils, amant et porte - parole irréel, un jeune homme quelconque, parti s’engager dans l’armée française pendant la guerre d’Indochine, sur un coup de tête, pour échapper à la mortelle indifférence familiale. Comme des coups de butoir sur une pierre tombale qui ne bronche pas, les paroles se succèdent, saccadées, heurtées, en syncope. Les membres de la famille, parfois serrés en rangs d’oignon sur un banc de petits meubles à tiroirs, se meuvent solitaires derrière un tulle gris et poisseux, grillagé. Et cette même toile peut servir d’écran à la projection d’évènements qui surplombent la vie demeurée, forclose, des individus qu’elle simule. La mise en scène refuse le spectaculaire. Elle est froide. Les paroles sortent presque frigorifiées. Seules les voix de la jeune fille, de l’enfant, de la bonne, et de celui qui pourrait représenter le chœur comme dans les tragédies grecques, réchauffent un peu l’atmosphère. Car les rapports entre la mère et les enfants sont brutaux, sans appel. Ils paraissent murés, de sorte que même les évocations de l’amour qui subsiste chez les frères jumeaux et le jeune homme pour sa dulcinée, font l’effet de pâles fioritures sépulcrales au-dessus d’un fossé et d’un champ désespérément muets.
Il conviendrait cependant qu’au fur et à mesure de leurs représentations, les comédiens continuent à briser la glace pour rejoindre le cœur du public, que celui-ci ne se sente pas exclu de la mise en scène et surtout qu’il ne fasse pas le deuil de sa capacité de réaction, qu’il soit d’une semblable chair, acteur même spectateur, ou témoin impuissant, survivant, vivant !

Evelyne Trân

Théâtre de l’Opprimé, jusqu’au 31 octobre, du mercredi au samedi à 20h30,
le dimanche à 17 h. Réservations : 01 43 40 44 44.

A voir absolument !

A voir absolument ! pièce de Frédéric Tokarz
Mise en scène de Nicolas Lartigue
Vous avez aimé le titre racoleur et, dès les premières minutes du spectacle, vous avez compris qu’il est question d’une urgence à laquelle vous avez tous déjà été confrontés : trouver un logement prestissimo, parce que votre nouvelle affectation, entre autres, l’exige . Pour que ce soit plus compliqué encore, cela se passe ici sur fond de grèves tous azimuts. Visites d’appartements et coups de cœur en couple pour celui-ci. Le décor se résume à un canapé central, ce lit à peu près, lieu de fantasmes ou simple refuge. Charles (Frédéric Tokarz) et Alice (Julia Moraval) , vos tourtereaux, ont décidé que ce logement est fait pour eux ; ils en ont besoin puisqu’ils seront bientôt trois. Un homme énervé : Mathieu (Philippe Hérisson) traverse la scène au pas de charge et la retraverse. Lui aussi convoite l’appartement ; dans un certain pétrin, il vit à l’hôtel depuis que sa femme l’a flanqué dehors le privant de ses enfants. Et puis apparaît l’énigmatique Fanny (Emma Colberti) - est-ce son vrai prénom ?- qui a tant de choses à dire à Mathieu, mais pourquoi donc ? Deux couples : l’un pressé, charmant et plus que volubile et cet autre, vrai-faux , aussi ambigu que conflictuel. Tournez… double manège !
Reprendriez-vous un peu de Pinter ou de Woody Allen, assaisonné de qui d’autre encore ? parmi ceux qui ont bercé l’auteur, ( Frédéric Tokarz) ce comédien qui débite si vite son texte qu’il nous en donne le tournis. Sa partenaire - ravissante Julia Maraval toute à son diapason - en fait autant. Un parti-pris, direz-vous ?
Philippe Hérisson est un Mathieu très physique qui occupe l’espace de façon louable et redoutable. Emma Colberti, sa Fanny, est fascinante, prenant son temps pour se confier, donnant une bonne dimension au nôtre. Vous passerez un bon moment grâce à cette pièce sans grandes prétentions, mais non sans finesses. Elle se donne dans ce plaisant théâtre montmartrois où l’on est si bien accueilli.
Ciné 13 Théâtre, du mercredi au samedi à 21h30, le dimanche à 15h30
Réservations : 01 42 54 15 12

12 octobre 2010

Boris Vian une trompinette au Paradis

Boris Vian, une trompinette au Paradis
Spectacle musical écrit et mis en scène par Jérôme Savary.

Jérôme Savary aime Boris Vian et ce dernier le lui rend bien. Il était présent, hier soir, au Dejazet, avec orchestre : cuivres, guitare, piano, contrebasse et trompinette. Heureux comme un enfant qui va assister à un spectacle de cirque ambulant, juché sur les épaules de plusieurs saltimbanques. Louches individus qui jouent avec le marmot, époustouflé de pouvoir aussi bien toucher du doigt une cuisse de danseuse que les journaux de papa sous la pleine lune. Chimène, un clown snob, un cowboy et la cravate à pois du magicien. Mais qu’est-ce qu’ils racontent? Quand Boris décomplexé s’engouffre dans la trompette étincelante de Jérôme, il n’en revient pas d’écouter ses chansons se coltiner sur scène, aussi dévergondées que des danseuses cabossées, que des invalides de guerre, aussi hurluberlues que des argentins détecteurs de songes à Paris.
Jérôme raconte à Boris comment ses chansons peuvent faire naître de multiples personnages qui s’échangent leur rôles comme les cinq fuseaux d’un marionnettiste enfoiré. Saviez-vous que Simone de Beauvoir, l’auteur du « Deuxième sexe » était une sacrée boute-en-train ? Et que le sosie de Che Guevara s’est vendu pour écouler sa marchandise ? Faut s’arrêter là, sans regret….Heu, Jérôme en a à la pelle des personnages de toute espèce qui ne demandent qu’à se plier en deux pour revenir, pour ressusciter sur scène.
« Je ne voudrais pas crever…sans avoir connu la saveur de la mort. » entonnent-ils en fervents admirateurs de Boris dont la drôlerie fuse si bien sous les effets de manche, qu’elle est capable aussi de lever le seuil de gravité, pour l’amour de Nina. Nina d’une grâce toute mélancolique, fleur dessinée par un mage. Ma foi, lorsqu’elle chante « le déserteur » enceinte jusqu’au cou, devant un cercueil recouvert d’un drapeau bleu-blanc-rouge, les nuages eux-mêmes retiennent leur respiration.
Et les tableaux kitsch et pas kitsch s’enchaînent et s’entremêlent si bien que l’on a l’impression d’avoir affaire à un prestidigitateur cracheur de kaléidoscope.
Vous les jeunes qui vous ennuyez à l’école, vous les vieillards rompus et rhumatisants, et vous qui ne connaissez plus votre âge, allez donc voir au Déjazet comment on s’amuse avec les poètes ! C’est pas sérieux un poète ! Ça découche, et c’est capable comme Jérôme, Boris et compagnie, de dépoussiérer les manuels scolaires pour vous faire éternuer de rire. Please prenez pour flèche leur sourire, n’attendez pas la Toussaint. Les nuages ne sont pas en berne, ils jacassent comme les Frères Jacques et c’est aussi très émouvant. J’en ris encore !

Evelyne Trân

Théâtre Déjazet, à 20h30, du mardi au samedi, dimanche à 15 h. Réservations : 01 48 87 52 55

11 octobre 2010

L'affaire de la rue de Lourcine

L’Affaire de la rue de Lourcine, de Labiche
Mise en scène de Nicole Gros
Pièce rocambolesque et qui carambole, avec peut-être même des relents de cet Edgar Poe qui aimait les énigmes et les crimes, virtuels ou non. Elle fait des pieds de nez à cet auteur, son aîné de seulement six ans, parce que l’alcool en est le personnage principal, lequel peut faire de la vie alternativement un rêve, un cauchemar ou inspirer à un auteur un avant-polar.
L’essentiel est de se réveiller dans le bons sens, tout pourrait-il donc recommencer ? et puis tant qu’on a la santé … A la bonne vôtre !
Un mini-décor, fignolé : cheminée aux proportions gracieuses et sa tablette juste au-dessous, sur laquelle on peut déposer toutes sortes d’objets anodins, symboliques ou surréalistes, et ces rideaux aux bonnes couleurs qui s’entrouvrent pour que des personnages qui ne devraient surtout pas être sur scène ensemble y débarquent pourtant nous prenant à témoins de leurs déconvenues.
Comédiens et comédiennes, tous excellents, bougent et gesticulent : une façon de plus de dénoncer trop d’absurdités habituelles. Mais quand ils chantent ensemble cela se fait si joliment.
La pièce pétarade en un acte et vingt-et-une scènes.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle Labiche, jusqu’en mars 2011 . Dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75

08 octobre 2010

Les soliloques de Mariette

Les soliloques de Mariette, extraits de Belle du Seigneur d’Albert Cohen
Avec Anne Danais, mise en scène : Anne Quesemand.
Lisant et relisant ce livre intense vous êtes-vous senti comme emporté par une vague dévastatrice ? Vous n’êtes pas le seul . La comédienne qui habite ces Soliloques vous accompagne, elle qui respectant toujours le texte de Cohen s’est faufilée puis nichée au creux de cette saga pour en tirer sa partition, et y devenir Mariette servante de Madame Ariane, la Belle.
Disons vite la jubilation que nous a procuré ce spectacle à comédienne unique, alors que tant de one-woman shows prétentieux ont racolé à tout va ces dernières saisons.
Ici rien de gratuit ou d’approximatif, tout est minutieux et généreux.
Dans un décor pertinent pour cuisine d’autrefois : tabouret, tablette ou desserte et vraie table de travail, la comédienne ressuscite une époque. Elle replie la toile cirée qui protège la table, y installe une nappe, après avoir interminablement poli une ‘ménagère’ traditionnelle avec des dizaine de couverts. Elle s’habille, se chausse comme il faut pour sortir, chante, sort, rentre, remet sa tenue de servante stylée avec tablier blanc, empoigne un ancien moulin à café et le fait grincer, répare une tasse à l’aide d’une vraie bonne colle. Mais quand elle ne fait que raconter, ses gestes authentiques retrouvent leur liberté .
Mariette est perspicace, curieuse sans l’être de façon malsaine, astucieuse, compatissante, réaliste. Mais à chaque fois qu’elle entreprend une tâche, elle la mène à bien.
Madame-sa patronne a eu une vie sentimentale avec amours vrais et drames authentiques.
La vieille Mariette : «… qu’elle a toujours été vieille » comme elle l’assure, est une veuve qui a eu son épisode fibrome, a été une nounou pour sa patronne . En veine de confidences elle avoue : « des livres ? j’en ai lu un. » Celle qui a résidé en Suisse à cause de sa maîtresse, philosophant, elle égrène : « les pasteurs, la protestance, l’honnêteté, la tolérance ». Elle pèle une pomme, à l’aide d’un couteau redoutable, la coupe en quartiers, la mange, et puis elle danse et chante encore. Cette fois c’est « Parlez-moi d’amour » .
Truculente, ayant adopté un accent du genre charentais, elle écorche aussi les mots, parle de térégrammes et de sacrofages, mais quand sa patronne a décidé d’aller vivre sur la Côte d’Azur, Mariette avoue ne pas avoir aimé « le bruit de la mer » parce que « c’est triste toute cette eau de la mer en hiver ».
La fin ?
Applaudissements, rappels et bravos d’un public emballé par la qualité de ce spectacle donné au Petit Montparnasse et que vous n’aurez aucune excuse à ne pas courir voir.
Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, matinée dimanche à 15 h. Réservations : 01 43 22 77 74

05 octobre 2010

Le Gorille

Le Gorille, d’Alejandro et Brontis Jodorowsky
Un relent d’exposition coloniale, un relent de champ de foire où d’affreux marchands exhibent des monstres vivants comme au bon vieux temps de King Kong, sympathique gorille. L’imagerie Épinal a-t-elle fini de ressasser l’horrible divorce entre l’homme et le singe ? Sans doute parce qu’il n’y a plus d’images Épinal sauf à la brocante… ou peut-être au théâtre. Au spectacle des Jodorowsky, j’ai bien cru en toucher une. Elle pèserait plusieurs siècles et surtout beaucoup de poussière. L’époque rugit encore dans nos mémoires. Il ne s’agit en effet que de la conquête des nouveaux mondes par les Européens avant la lettre, ces héros qui s’escrimaient à rendre digne de leur religion et de leur civilisation les indigènes de tous bords. A la foire, ils installaient sur des estrades des esclaves pour les vendre comme bêtes de somme. Pour asseoir sa supériorité, l’homme civilisé n’y allait pas à la petite cuiller. Il croyait vraiment avoir affaire à un animal quand il organisait ses conférences sur le thème du bon sauvage. Le gorille, c’était tout simplement le nègre, l’indigène des forêts vierges. Odieux colonisateurs, véritables têtes à claques, ces visages de savants où suppure l’arrogance. Grâce à cette muraille de morts-vivats exposés, à leur tour, sur scène, le gorille alias King Kong peut bien se permettre de jouer le montreur de foire. Le seul hiatus, excusez la répétition, c’est qu’il semble sortir tout droit d’une image d’Epinal, ce gorille. Comment lui en vouloir s’il a été inventé par l’homme, l’homme-dieu. Le gorille pourrait-il se transformer en homme ?Oui, s’il est bien dressé. L’idée est alléchante d’autant qu’elle ne tient pas debout. Elle est hors sujet. Ce gorille a les défauts de son inventeur. Il disserte, il est empêtré dans son déguisement et il manque d’identité (ah ! ce fameux papier où il est écrit : homme). En un mot, il n’est pas crédible. Le mode de la dissertation et du récit ne peut suffire, à mon sens, à exprimer ce qui est de l’ordre de la métaphore et du phantasme, du refoulé cher à Monsieur Freud. Lorsque Kafka raconte comment un employé se retrouve un jour transformé en blatte, le sujet n’est évidemment pas la blatte mais le sentiment de décomposition vitale d’un homme. Les attributs physiques ont-ils quelque chose à voir avec la psyché ?
Dans le fond qu’il ait l’air d’un gorille, d’un Spartacus, ou d’un nain, ce bonhomme, sur scène, quelle importance ! N’est-il pas en train de fouiller dans notre cervelle pour brandir ce que nous croyons en avoir disparu depuis belle lurette, l’empreinte fossile d’un singe ! A cette autopsie plénière en public, sans anesthésie, nous rigolerions, et pourquoi pas ?
Et nous ferions la queue pour voir ce qui reste en nous de ce singe, pour nous rassurer, pour nous dire : il est en voie de disparition, il fait partie des grottes de Lascaux. En somme, l’esprit chagrin manque à cette fable, nous avons affaire à un gorille de trop bonne composition. Si c’est le sujet du spectacle, tant mieux, mais si par contre, vous cherchez la petite bête, sachez qu’au stand de cette fête foraine, vous aurez droit à la plus grosse, de nature à faire rire les enfants comme au cirque. En ce sens l’interprète joue bien son rôle.
Après s’être gratté un peu les méninges, on peut refaire surface assez facilement. Ce n’est pas si dramatique après tout, l’histoire d’un gorille qui se prend pour un homme ! Oubliez vos mouchoirs.
Evelyne Trân

Théâtre Le Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34

04 octobre 2010

La douceur du velours, de Christine Reverho

La douceur du velours, de Christine Reverho
Mise en scène : Panchika Velez, assistée par Julien Reynaert, avec Sophie de la Rochefoucauld.
Au centre du plateau un canapé, vrai-faux divan pour psy d’avant l’invention de la psy, ou presque - paquebot éventuellement contemporain d’un Titanic. Première fascination de ce spectacle : la jeune femme qui y est installée (réfugiée ?) n’en descendra surtout pas.
Camille s’est mise à faire son cinéma. Accent populo; entre ces chips provenant sûrement de la supérette du coin qu’elle grignote compulsivement, elle se raconte. Cela ressemble vite aux confessions d’une minette plutôt rigolote : ben… bon… d’accord… le boulot (elle est coiffeuse)…et puis mes amis, mes amants et mes emmer… le tout livré de manière plus qu’anecdotique, avec intermèdes constitués par des musiques de Janis Joplin.
Les bruits, d’abord sourds ou saccadés, se sont faits dérangeants. On comprend qu’il s’agit d’un compte-à-rebours dont on sent qu’il va déboucher sur quelque chose de sinistre.
Sur le dos de son canapé, Camille a posé une tête en plâtre coiffée d’une perruque qu’elle peigne amoureusement et systématiquement, voilà et re-voilà votre joli chignon vu de dos.
La suite ? le récit d’une femme abusée, battue par ces compagnons auxquels elle a fait confiance et surtout le dernier.
Sophie, moins enjouée, plus monocorde et ayant enfilé une sorte de camisole ou tenue pour salle d’opération, est de nouveau debout sur son canapé ; la sculpture avec chignon nous fait maintenant face : c’est une Camille aux traits ravagés par la vieillesse et la douleur.
L’auteur avoue s’être inspirée de la confession d’une femme victime de violences conjugales, et effectivement nous avons l’impression qu’elle nous livre ce témoignage presque sans l’avoir ré-écrit ou retouché. Il se veut touchant…
Sophie de la Rochefoucauld, qui a notamment joué à la télévision un rôle de femme battue dans ‘Retrouver Sara’, vous propose ce spectacle de femme généreuse et engagée.
Théâtre des Mathurins, du mardi au samedi à 19 h, jusqu’au 22 octobre. Réservations : 01 42 65 90 00

01 octobre 2010

Doit-on le dire, d'Eugène Labiche

Doit-on le dire, d’Eugène Labiche
Z a épousé X, mais X roucoule avec Y, doit-on le dire à Z ?
Surtout quand apparaît l’époux… « Ciel mon mari ! » Mais qu’a donc le ciel à voir avec votre mari, et d’abord qui sont Z, X et éventuellement un inévitable Y ?
Qui sont le - ou la- légitime de qui ? Les vrais prétendus sont-ils ceux que l’on croit, et promettre sa fille ou sa nièce en mariage à un être estimable…encore faudrait-il qu’il soit d’un bon calibre côté revenus. Schéma labichien plus qu’habituel.
L’auteur aime ce qui est juteux et nous avons droit cette fois encore, à des évocations de fromages blancs dégustés à Bondy, d’oeufs au plat intolérables si servis tièdes, et d’une crème au chocolat à l’intérieur de laquelle se serait faufilé un hanneton. Un coq a décidé que c’était à lui de couver les œufs de sa femelle… mais dans des cannes creuses ont été insérés des messages destinés à celles que l’on convoite, mais qui seront lus par les personnes qu’il ne faudrait surtout pas. La dame de vos pensées serait-elle… plutôt rondelette ? Oui, mais « l’inconduite engraisse ».
Enchaînements de sketches au fil conducteur ténu (est-ce le résultat de la collaboration de Labiche avec ses collaborateurs et autres ‘nègres’ ?) mais succession de vrais-bons intermèdes. Ce qui nous vaut des fou-rires au détour de chaque scène : gesticulations, contorsions, pirouettes de comédiens survoltés qui se donnent et chantent à fond la caisse.
Marie-Véronique Raban est une redoutable Tante Blanche, cette pulpeuse qui se laisserait bien épouser par un homme exotique, marquis de surcroit. Lui c’est Rui Ferreiera, accent hispanique intempestif et œil ravageur, il explose sur scène : caramba !
Guila Clara Kessous qui met le tout en scène est une promise qui a du caractère et, comme sa tante Blanche, une voix fort jolie. Leurs camarades se déchaînent, chantant à tout va. Antoinette Guédy, à l’œil bleu dévastateur est le notaire - personnage aussi nécessaire qu’intempestif - et la jolie pianiste à l’arrière-plan sourit finement. Gageons que vous-autres rirez énormément.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’Intégrale Labiche, jusqu’en mars 2011. Dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75