29 janvier 2011

Caligula, d’Albert Camus

Mise en scène de Stéphane Olivié Bisson
Dans le rôle d’un homme né empereur, puisque ‘fils de’, amoureux d’une certaine folie qui le dépasse, Gérard Philippe a eu la voix et la présence d’un ange et aussi celle d’Icare. Bruno Putzulu a choisi de faire du personnage un enfant coincé, grincheux, manipulateur-manipulé (mais par qui?) ou même encore pervers, peut-être narcissique, donnant l’impression qu’ancien-autiste il en est venu à nier tout ce qui serait métaphysique. Parti-pris fascinant : le personnage dit n’avoir pas découvert qu’il est un homme ! Serait-ce qu’il ne l’a très que trop bien compris ? Tuant, liquidant, humiliant, il ne cesser de se venger mais de quoi et de qui au juste ? Cela Camus l’avait probablement voulu ; Putzulu et Stéphane Olivié Bisson nous le proposent, voire nous l’imposent. Ils font aussi en sorte que les déclarations et paradoxes pseudo-philosophiques et lancinants qui devraient nous perturber, se mettent à ressembler à des cocasseries à peine dignes de canulars pour potaches. Le surréalisme n’aurait donc jamais existé dans les années-Camus ? Les comédiens jouant les patriciens flottent un peu dans leurs rôles; sortes de valets de l’empereur-fou, ils sont difficiles à cerner. Le confident, du genre domestique de ce Caligula-ci nous le joue boulevard dès le départ. Scipion, son jeune pseudo-double a un peu de raideur . Quant aux comédiennes : Caesonia, la ‘vieille’maîtresse de Caligula à qui il fait tant confiance, ce qui devrait nous fasciner et nous la faire aimer, tout de noir vêtue, elle est bien jeune et peut-être trop ‘pimpante’. Celle qui ressuscite Drusilla
( sœur morte qui fut la première amante de Caligula) aux apparitions fantomatiques en costume blanc l’est également pour nous autres qui sommes devenus presque des ‘étrangers’ quant à ce texte et cette oeuvre. Mais la scénographie, la musique et les décors déconcertants sont inventifs et généreux.
Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet. Jusqu’au 5 février, mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h. Réservations : 01 53 05 19 19.
(Une tournée suivra, en février à Amiens et à Abbeville d’abord, mais nous vous en reparlerons.)