07 janvier 2011

L’inattendu, de Fabrice Melquiot

Décor minimaliste : un matelas à même le sol, une vague couverture jetée dessus, une table genre cuisine, une chaise avec une veste d’homme posée sur son dossier, des bougies allumées et des bouteilles, toutes de couleurs et formes différentes par terre ça et là. Une femme éperdue à l’allure de fantôme, en longue robe blanche, pieds nus, erre chantant une sorte de complainte, puis empoignant les bouteilles contenant des alcools divers, elle boit avidement au goulot. Elle tremblote, roule bord sur bord et se met à s’adresser à celui qu’elle a rencontré à l’âge de 20 ans et dont, veuve depuis un an, elle n’a pas eu d’enfant. Tout y passe: rêves morts et reproches ; des phrases pleines de tendresse et de vraie poésie alternent avec d’autres plus vachardes ou teigneuses ou encore loufoques et surréalistes. La langue de Melquiot pléthorique est étrange et certes vigoureuse, Peu à peu la jeune femme se déplace, s’accroupit sur le lit comme une gamine, bras autour des genoux, ou s’y glisse pour en ressortir avec rage. Vous pensez : pensionnaire d’un asile psychiatrique, une petite nièce de la Blanche du Tramway de Tennessee. D’autant que cela se passe près des bayous du sud des Etats-Unis, et qu’on entend les bruits du fleuve où l’amant de cette Liane a disparu. L’homme était noir, ce qui permet à Melquiot d’évoquer l’Afrique et au metteur en scène (Brontis Jodorowski) de faire danser sa comédienne sur des rythmes de ce continent. On apprend qu’après la disparition de son homme elle a rencontré un boucher, et qu’un autre homme ensuite. De moins en moins cohérente, l’histoire part dans tous les sens, sur fond de conflits avec coups de feux aux quatre coins de la planète, dont, si on ne comprend pas l’opportunité, on voit très bien ce qu’ils dénoncent. Les confessions de Liane, ses éructations se sont mises à nous faire rire doucement puis à nous faire s’esclaffer. Dommage, car lorsque la comédienne quitte la scène au bout d’une heure on redoute qu’elle y revienne pour reprendre un récit décousu qui, ressemblant à un mélo, touche de moins en moins.
Mais Eléonor Agritt est une Liane très attachante, aux moues de gamine gracieuse, à la gestuelle aérienne convaincante. La mise en scène avec déplacements d’objets qui ressemblent à des jouets et l’utilisation de griffonnages sur le sol donne l’impression qu’au sommet de sa rage et de son hystérie elle pourrait redécouvrir une enfance où tout serait possible. Tel est l’un des paradoxes de cette pièce ambitieuse, mais dont on sort perplexe.
Théâtre des Déchargeurs, jusqu’au 12 février, du mardi au samedi à 20h. Réservations : 01 42 36 70 56 et lepolepresse@gmail.com