29 janvier 2011

L’or, d’après Blaise Cendrars,

Adaptation et mise en scène Xavier Simonin, musique Jean-Jacques Milteau
Collaboration à la mise en scène : Jean-Paul Tribout

Au centre de la scène une sorte d’échelle à barreaux de fer dont le sommet serait la cime d’un arbre sommaire, mais vous pourriez l’interpréter autrement. En toile de fond un mur de simili-pierres très grises ; au centre de celui-ci une ouverture du genre guichet, de celui par laquelle un gardien de prison vérifie que le détenu est à son poste, ou qu’un prêtre ouvrirait dans son confessionnal…mais obturé, il le restera. Au jardin, une table de taille raisonnable encombrée de ce qui se révèle être des harmonicas aux formats divers. Assis tout contre, leur utilisateur, musicien impassible avec lunettes noires. A la cour, un homme debout : jeune, beau, svelte, élégant dans un costume avec gilet tout comme l’est son compère. Il parle ; le musicien joue de ses instruments. Donc Johann August Suter, Helvète, pris par sa propre fièvre de l’or en 1834, a quitté pays, femme et enfants pour traverser l’Atlantique et rallier le ‘nouveau continent’. Il veut y faire fortune ; il est sûr que cela se fera, mais après lui qui devrait en bénéficier ? L’auteur ne le dit, non plus qu’il ne le prédit.
Et cette prodigieuse saga, épopée admirable, à recommander chers parents à vos rejetons, élèves de seconde, première et terminale qui ont besoin de cette autre part d’eux-mêmes : un continent, une terre promise. Mais Johann August Suter est devenu un Auguste berné, dans son cirque, et l’or pour lui rimera alors plutôt avec mort(s).
Xavier Simonin, comédien aux engagements, exigences et performances que l’on connaît et que l’on aime est Blaise, le plus que double du double de Blaise. Jean-Jacques Milteau, qu’on ne présentera plus, à ses harmonicas de dilection nous la joue généreusement du genre musiques de films far-west, de celles qui ne finissent pas de nous hanter. On chemine, navigue et tangue avec elles. Mise en scène sobre ; les protagonistes : l’homme qui raconte et celui qui, à son écoute, n’anticipant rien, commente en s’engouffrant dans ses instruments, ne vont l’un vers l’autre que rarement. Les lumières les escortent avec équité.
Une fois encore l’équipe étonnante du Théâtre Daniel Sorano prend des risques. Pari tenu, selon nous.
Théâtre Daniel-Sorano à Vincennes, jusqu’au 20 février. Du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 16h. Réservations : 01 43 74 73 74 et www.espacesorano.com.