04 février 2011

Entre ciel et chair

d’après Une passion, de Christiane Singer
Spectacle parrainé par Christiane Cohendy
Mise en scène de Clara Ballatore
Avec Christelle Willemez (jeu) et Birgit Yew (violoncelle) en alternance avec Michel Thouseau (contrebasse).

La terre se serait fait chair…
Sur le plateau deux chaises pour parloir de couvent ; s’y sont assises, côté jardin et dans la pénombre, la musicienne (Birgit Yew à son violoncelle) et au centre la comédienne (Christelle Willemez) qu’un minimum de projecteurs cerne et caresse. Elle est Héloïse, pieds nus et cheveux courts pour nonne sans voile, et sa longue robe blanche est simple jusqu’à en devenir sophistiquée, soit un des multiples paradoxes de ce spectacle. Elle nous parle mais, hiératique, fascinante, elle ne se lève que rarement pour aller à l’avant-scène, ne fait que très peu de gestes, baisse la tête quand elle se tait pour méditer ou chérir ses émotions, cependant que la violoncelliste fait chanter l’instrument calé entre ses jambes. Christelle Willemez module et cisèle sa propre partition, sa voix s’envole pour nous atteindre au cœur. Elle raconte Pierre Abélard, philosophe, théologien et maître à penser brillantissime dont elle est l’élève, puis la femme et l’amante ; elle évoque aussi le chanoine Fulbert son propre oncle et tuteur, taraudé par sa jalousie envers Abélard dont il programmera la mutilation humiliante que l’on sait, après la naissance de l’enfant qu’Héloïse et Abélard ont convié à être au monde. Par la suite elle entre au couvent, et lui s’éloigne… La mort les réunit enfin. Les lumières ont fini par inonder la comédienne qui, grâce à des phrases d’une beauté et d’une poésie poignantes, ne cesse de dire l’amour immensément charnel mais vrai don de Dieu qui l’a fait devenir ou redevenir cet être qu’elle connaissait si peu. Abélard n’est-il pas l’auteur d’un traité intitulé « Scito te ipsum : connais-toi toi-même ? » Le spectateur est sous le charme de la comédienne aussi sobre que puissante et aussi de la musicienne à la présence discrète qui ponctue le récit de commentaires mélodiques de sa composition, simples mais raffinés, tendres, suaves. A sa publication la critique littéraire avait encensé le roman dont est tirée la pièce. Quant à ce spectacle, créé en Avignon, il a enthousiasmé le public.
Une de ses particularités est que l’on doit organiser des lectures privées d’Entre ciel et chair dans des lieux où l’esprit souffle. (www.entrecieletchair.fr)
Théâtre Le Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, jusqu’au 26 mars.
Réservations : 01 45 44 57 34