06 février 2011

Oui, d’Alain Enjary

Par Arlette Bonnard
Collaboration artistique Alain Enjary et Danièle Girontès.
Lumières Eric Fassa ; construction Michel Tardif.
« Oui, je vous en prie, oui… c’est de nouveau moi…merci…de rien…peu importe… »
« Oui, je suis là, je réfléchis…votre nom… le mien… » « Tu as coupé ?... tu es là ! » « Oui, je vous en prie… »
Une voix, mais d’abord une voie humaine. Et une femme, fille d’un domaine terrestre chéri, probablement frère de cette Cerisaie tchékhovienne que, yeux écarquillés et voix tendre, elle évoque parce qu’elle y vit aussi. « Oui ? non ! qui est là ? ne dites rien ! »
La comédienne, silhouette juvénile, a pour partenaires six coffres très blancs, rectangulaires, dominos qu’elle tire, empile, entasse dans un ordre ou désordre quasi-métaphysiques et qu’elle investit. Elle y grimpe, s’y juche pour en redescendre et les déménager à nouveau.
« Oui ? » L’écriture de ce texte surréaliste est riche avec de vrais jeux de mots sensuels évoquant des choses de la terre si aimables, telles des « pommes dans la paume ».
La voix tendre aux inflexions mutines est celle d’une très jeune fille vaguement inquiète, mais facilement émerveillable. Elle a des demi-sourires étonnés.
« Oui ?… ah ! Tu es là ? »
Séquence après séquence, toutes ponctuées par de légères déclinaisons des lumières, elle ouvre et ferme ses coffres l’un après l’autre - cela devient un rituel - en sort des paires de bottes ou de chaussures qu’elle enfile, ou une écharpe anodine qu’elle enroule autour du cou et encore un court imperméable très vert à l’allure quasi-militaire dont elle se revêt pour le renvoyer lui aussi au coffre. Ce coffre refermé « plus riche que n’importe quel coffre ouvert » selon Gaston Bachelard (Poétique de l’espace ).
Après avoir posé ses vingt-quatre questions à elle, puisque c’est ainsi qu’elle définit et résume le texte d’Enjary, la re-voilà dans ce noir dont sa voix avait mis un joli temps à émerger au tout début . Et nous sommes prêts à l’imiter et ne plus jamais répondre que « oui », pensant à elle, quand le téléphone, cette bonne invention, va inévitablement sonner chez nous et qu’une personne que nous aimons…
Théâtre du Passage vers les Étoiles, 16 cité Joly (métro Père Lachaise) du lundi au samedi (excepté jeudi) à 21 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : 01 43 38 83 45