30 mars 2011

Le 20 novembre

de Lars Norèn
Mise en scène Georges Bécot
Un énorme fait divers : le parcours meurtrier d’un jeune allemand de 18 ans. En 2006, après avoir logé sa confession sur l’Internet, mal dans sa peau, dans son âme et dans cet ailleurs qu’il aurait voulu, mais n’a surtout pas pu définir ni aborder, va flinguer des jeunes gens dans son ancien lycée, pour se supprimer ensuite. Norèn l’a récupéré pour en faire ce qui est devenu un solo pour comédien exacerbé. Ses deux ex-condisciples de lycée avec des cartables au dos, sont parqués côté jardin. Ils n’interviendront que peu, s’exprimant en anglais, l’un d’eux jouant vaguement de la guitare. Mais lui est décidé à tout remettre en question : la vie, la mort, Dieu, et d’abord les autres, mais surtout pas sa famille qu’il aime et à qui il n’osera jamais rien reprocher…comme c’est touchant ! Il se définit comme un « ange de la mort », insulte le public et se plaint.
« Je ne peux pas vivre dans ce monde tel qu’il est ». « Je suis un raté depuis le primaire ».
« Je suis libre, personne n’a le droit de se moquer de ma vie » et encore « Je ne pense plus au suicide, ce serait trop simple »… « Je devrais être heureux et ne le suis pas ». « Je veux avoir des amis, de la chaleur ». « Je ne suis pas un nazi » : dans la bouche de Ghassane Farid cela n’étonne même pas, car le parti pris de la pièce et de la mise scène est forcément de dénoncer toute forme de racisme ordinaire.
Hors de lui, prenant violemment à témoins les spectateurs, le comédien dit encore son dégoût du monde et de tout. D’abord de la scolarité obligatoire, des « profs de merde » …
Il a un fusil et des bombes. « J’aime mieux mourir que de vivre sans liberté ». Les aphorismes et autres déclarations de principe se succèdent. « O.K. maintenant je me casse ». Il va vers la coulisse. On serait soulagé si on ne connaissait pas la fin de l’aventure. Il a fait mine de s’en aller mais revient sur scène « Il y a quelqu’un qui veut me dire quelque chose avant que je parte ? », « Je vous hais tous ».
« O.K. that’s it ! » (Une partie du journal de l’auteur a été écrite en anglais). Il tombe à terre. Fin de ce festival mortifère de la haine dont on sort atterré. Une paire de spectateurs s’est déjà sauvée en silence mais un autre a traversé la scène en hurlant et claqué plus que violemment la porte de la salle. Pourquoi Lars Norèn s’est-il engouffré dans une pareille aventure ? A vous de comprendre ou de décider. La mise en scène de Georges Bécot, très fidèle au texte, est minimaliste.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle Camus, Sartre, de Gaulle et la politique, jusqu’en juin 2011. Dates et réservations : 01 47 70 32 75