25 mars 2011

Le combat, de Jean-Luc Jeener
Une scène presque vide… à part le petit tabouret renversé côté cour. Une femme en jupe plissée, corsage et pull-over style années1940 est reliée au mur par une très longue chaîne.
A terre, murmurant presque, elle se confie à Jésus et le prie. Bruits de bottes, ordres hurlés en allemand, claquement de portes : débarque un homme en uniforme de la Wehrmacht avec au cou une croix . On comprend qu’officier allemand il est aussi aumônier catholique dans les prisons d’une France occupée . Il est venu rencontrer Marie, résistante qui, torturée, va être exécutée pour avoir tué un de ses compatriotes à lui, ennemi de sa patrie- à-elle, donc de la liberté, comme elle le clame.
L’ecclésiastique a pour mission de faire accepter à la prisonnière une confession indispensable au pécheur s’apprêtant à comparaître devant son créateur et sauveur. Très vite cela devient un duel car Marie, elle aussi, s’était sentie investie d’une mission. Le militaire au strict devoir d’obéissance et de fidélité et le prêtre chrétien qui doit accorder un pardon est troublé par l’énergie et l’obstination d’une pasionaria que la douleur physique et morale exacerbe et fait ressembler à une hystérique. Il lui - et nous- propose de « passer par le mal pour arriver au bien »… Serait-ce peine perdue ?
Raide, avec un très léger accent germanique l’homme bouge peu, mais chacun des mots qu’il prononce est chargé de plus de sens qu’on pourrait imaginer. Le comédien est sidérant tant il a intériorisé sa partition. Sa partenaire, « déchaînée », éructe, l’invective, lui crache dessus, et se jette à terre encore et encore maîtrisant à peine des débuts de sanglots. Elle verrait même en lui le Prince des ténèbres du Nouveau Testament venu tenter le Messie. Mais pourquoi la terre et le ciel ne pourraient-ils s’aimer ?
Ce texte si intense qu’à certains moments on en ferme les yeux , est aussi et d’abord porteur d’un feu nécessaire auquel l’auteur et ses comédiens nous convient.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle de Gaulle, Camus, Sartre et la politique, jusqu’au 26 juin. Réservations : 01 47 70 32 75 et www. TheatreDuNordOuest.com