05 mars 2011

Pour l’amour de Gérard Philipe

Texte, mise en scène et scénographie de Pierre Notte
Avec Bernard Alane, Romain Apelbaum, Sophie Artur, Emma de Caunes et Raphaël.
Pierre Notte nous avait sidérés avec son Moi aussi je suis Catherine Deneuve. J’existe, foutez-moi la paix était le titre apparemment rageur d’une pièce savoureuse, et dans Les couteaux dans le dos cela percutait également. Quant aux Deux petites dames vers le Nord : il y était question des voyages nécessaires pour la connaissance ou la re-connaissance de soi. Ici, Pierre Notte nous emmène une fois encore sur des routes à la recherche de nous-mêmes, tout en faisant une déclaration d’amour à l’acteur phénoménal dont l’annonce de la mort a suspendu un temps l’existence de milliers de ses contemporains.
Egrenage de dates qui donnent le contexte historique et le parcours du comédien, mais il y a transposition : c’est l’histoire d’une famille où naît un autre Gérard, enfant pas comme les autres : « Le bébé…qu’est-ce qu’il a aux mains ? Mon Dieu, mon Dieu où sont ses doigts… ? il en manque ! » Effectivement le bébé n’en a que deux sur dix, mais le père et la mère se ressaisissant, déclarent « Notre enfant aura un destin hors du commun ». Pourtant cela ne se fera certainement pas comme ils l’avaient prévu.
C’est le début d’une vraie petite saga brillante et cocasse en deux temps, dans un décor aux lumières et éléments scéniques fignolés, avec lustres qui descendent des cintres, déplacements et jeux de scène cocasses, qui témoignent du sens de la dérision, l’une des qualités d’un auteur pléthorique, mordant, tendre mais caustique. Il a confié le rôle central à ce fascinant Raphaël, à la voix archangélique cousinant presque avec celle de Gérard Philippe, quoique moins modulée et vibrante, à la présence si lumineuse qu’elle en deviendrait parfois transparente.
Les comédiens qui l’escortent sont moins énigmatiques : Sophie Artur, pulpeuse est joliment gouailleuse ; Emma de Caunes omniprésente et légère est bondissante. Bernard Alane est ce père dont nous avons tous rêvé ; quant à Romain Apelbaum, se dandinant sous son masque à grosse tête d’ours, il est le cirque salutaire qu’a rejoint Raphaël.
Théâtre La Bruyère, du mardi au samedi à 21heures, matinée samedi : 15 heures. Réservations : 01 48 74 16 99