04 mars 2011

Une saison chez Césaire

Dramaturgie : Michèle Césaire, mise en scène : Ruddy Sylaire
Avec Gladys Arnaud, Eric Delor, Jean-Bernard Ekam-Dick, Astrid Mercier
De ces arbres - côtés jardin et cour- que nous autres, descendants de répugnants colonialistes, aurions étiquetés ‘exotiques’, mais une scène que quatre comédiens font exploser grâce à ces horizons qu’une mer infinie suggère après les avoir abolis pour les recréer à chaque fraction de seconde. Aimé Césaire, né d’un instituteur et d’une couturière… Le père s’inclinant devant des mots qu’il a fréquentés, convoités, peut-être courtisés mais avec lesquels il a cohabité jusqu’à s’en faire des alliés et les faire adopter et aimer par tant d’enfants confiés à lui. Elle : mère qui assemble, rassemble, choisit des formes, des couleurs, de ces matières qu’elle touche, palpe puis marie…mais qui sait d’abord et surtout réparer ce que lui ne peut pas faire.
Aimé leur fils… poète, dramaturge, homme politique, personnage phénoménal au long parcours sur l’autre rive de cette Atlantique qui nous soude.
Une rage saine et une sainte rage animent Césaire qui, stigmatisant le racisme ordinaire, a mis au monde la « négritude ». Ce spectacle composé d’extraits du Discours sur le colonialisme, Les chiens se taisaient, La tragédie du Roi Christophe et Une saison au Congo ne peut pas se décrire à l’aide de mots ordinaires : il faudrait qu’ils deviennent des projectiles.
Evocation d’une terre fille et mère d’animaux et de fleurs paradisiaques, mais volcanique et que les tempêtes savent si bien ravager. Sur scène les percussions transmettent les messages… rythmes, mouvements, élans, danses, chants…récits de grandes tueries et de souffrances indicibles, vérités-paradoxes et exaltation de la liberté qui permet d’aimer.
Une scénographie fascinante, deux comédiens à la présence redoutable car tellement charnelle et deux comédiennes savoureuses mais qui incarnent des femmes très fortes. Des costumes simples aux couleurs premières, et puis cette tempête métaphysique que, Shakespeare sur son épaule, Césaire ressuscite à la toute fin.
Théâtre des Déchargeurs, du mardi au samedi à 21h 45, jusqu’au 9 avril. A 14h les samedis 19 mars, 2 et 9 avril. Réservations : 01 42 36 70 56.