09 avril 2011

Derniers remords avant l’oubli

de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène Serge Lipszyc
Aux côtés de Rabelais, La Fontaine, Saint-Simon et Maupassant, Lagarce est au programme - entre autres - de l‘agrégation de lettres modernes en 2012, mais la version de cette pièce programmée par le théâtre du Ranelagh nous la fait apprécier plus encore. Cela se donne dans le foyer du plus joli théâtre de tout Paris avec sa sculpturale cheminée où ont été disposées des tables de bistrot autour desquelles s’est installé un public devant des verres. Six comédiens en tenues décontractées évoluent entre ces tables, et leur partition en devient plus qu’étonnante sous des allures d’évocations de souvenirs agréables ou non, d’épisodes de leurs vies dont il faut qu’ils se défassent sous peine de souffrir et aussi d’éprouver de la rancœur envers les êtres qu’ils ont cru aimer. Les ont-ils vraiment aimés un temps ? Lagarce s’attache à faire douter de tout et déteste ceux qui ont la « sordide mémoire des chiffres ». Ici ses personnages se parlent à eux-mêmes et plus ils parlent, moins ils sont sûrs de ce qu’ils disent. Ils font et défont les demandes et les réponses, interrogent, scrutent, sondent les mots : ces pères et mères qui font que nous ne sommes que ce que nous sommes. .. « taciturne », « tricher » , « ensemble ». Ses personnages devenus de plus en plus charnels et touchants et le décalage que souhaite l’auteur et le doute qui l’habite nous troublent : « Je ne sais rien…dis à ta mère. »
Le plus jeune des personnages féminins, d’abord au balcon puis descendue dans la salle fait régulièrement flasher son appareil de photos. Souhaite-t-elle tout cibler, immortaliser ou veut-elle simplement rendre compte ?
Théâtre du Ranelagh, jusqu’au 21 mai, à 19 heures. Réservations : 01 42 88 64 44