26 avril 2011

Méchant Molière

de Xavier Jaillard
Comédie en 5 actes
Des alexandrins souples et malins tellement bien ficelés et remobilisés qu’ils en perdent leurs ta-ta… ta-ta… ta-tà … et retatatatatà. C’est un des côtés ficelards de Monsieur Jaillard, au sourire finaud qui ne renie surtout pas avoir été le disciple et complice de ce farceur de Francis Blanche.
A Courson-la-Gamine, une troupe de comédiens-amateurs, dont le directeur du supermarché local est le patron (parce qu’autrefois au collège, propulsé sur scène grâce à un prof de français- peut-être même prof principal- il a compris qu’il pourrait devenir un vrai chef) s’est enthousiasmé pour son propre projet…les projets d’un patron, n’est-ce pas ? lequel est en passe d’être subventionné par le ministère en vue d’ouvrir un lieu de culture.
Il veut remonter Molière, lui remontant les bretelles. au propre comme au figuré, disons
‘ l’actualiser’.
Il a choisi de cibler Tartuffe. Notez que pas un instant on ne se rend compte que telle était son intention, puisque ce divertissement qui nous vaut un Valère, des Géronte, Ariste, Cléon, Frontin et, en face, des Florise, Chloé, Lisette va foncer dans tous les sens à la fois. On enchaîne et on reprend.
Xavier Jaillard, super-patron et « metteur » est attablé côté jardin devant sa brochure : il indique inlassablement les jeux de scène à ses camarades. Sa troupe c’est gesticulations en permanence, voire coups de cape (un des protagonistes se sert régulièrement de la sienne la faisant devenir voile, demi-rideau ou simple torchon). Les jeunes femmes dans des rôles d’ingénues ou de rouées se démènent, l’une sanglotant comme une tendre petite fille demeurée- malmenée.
Le reste est à l’avenant avec effets de plus en plus spéciaux ou spécieux : que dire du comédien qui ayant recouvert d’un plutôt joli tissu sa partenaire installée à quatre pattes, en fait le siège sur lequel il se pose ?
X.J. fait piailler et gesticuler ses camarades : soit à la toute fin Géronte et Lisette en choeur : « Dès qu’on peut se fair’la malle on monte le cheval Pégase, on met les gaz et on s’en va ! » mais Frontin ex-prétendant de Lisette leur dédie un : « Poufiasse ! Vieux cageot ! Trainée ! Sale putain ! » L’auteur a souhaité qu’on rigole pendant près de deux heures, quitte à faire chanter par les copains, micro en main, des vieux airs-culte de Jonhny Hallyday, Yves Montand et toutim. La vraie comedia dell’arte a du souci à se faire avec lui et ces comédiens qui singent des "même pas amateurs", certains sur-jouant et d’autres sous-jouant , mais tous gesticulant ou se dandinant. Mention spéciale pour le phénoménal Tchadvar Penchev en perruque et vrai costume Louis XIV qui, devenu Monsieur-Valère, fait un numéro précieux en plutôt-Madame.
Xavier Jaillard a collectionné des Molières en tant que meilleur adaptateur, entre autres, d’un spectacle privé, ce méchant Molière-ci qui nous vend la mèche à tout va est plutôt du genre éméché. Mais le public : ex-profs du secondaire (?) et charmants camarades des comédiens, se sentant peut-être vengé cette matinée-là, hoquetait de rire.
Théâtre du Petit Hébertot, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30. Réservations : 01 42 93 13 04