09 avril 2011

Scènes de chasse en Bavière

de Marin Sperr
Mise en scène : Nicole Gros
L’auteur a écrit cette pièce dans les années 1960: il était âgé d’une vingtaine d’années et cela
nous vaut encore des révoltes et des remises en question. Mais il voulait dire son amour pour cette Basse Bavière chaleureuse, autant que son désamour pour ce prétendu solide bon sens paysan souvent exprimé à l’aide d’idées reçues, échangées par des villageois qui « éclusent » des litres de bière avec leurs voisins, puis rentrés chez eux s’endorment ; et le lendemain repartent aux champs, puisque le travail est le premier des devoirs de l’homme : « Arbeit macht frei ». Les femmes en savent quelque chose, elles qui, privées de leurs maris par la guerre un temps ou définitivement ont hérité de tant de responsabilités. Elles sont mères d’abord, chefs de clans, quitte à se faire remettre en question par leurs enfants ou ceux de la mère d’à côté.
Le jeune Abram, après quelques années d’incarcération (chef d’inculpation ?) est revenu au village vivre chez sa mère. Il a peut-être eu une relation avec la Tonka, sémillante fille dite facile. Il lui a peut-être aussi fait un enfant, mais il a montré tant de tendresse pour ce Rovo semi-demeuré, fils de la paysanne d’à côté que, cette fois il est traité d’homosexuel, raillé par tous et persécuté, banni. Tout bascule ensuite dans la violence et le crime. Mais les villageois, bourgmestre en tête, décident d’‘enterrer’ l’affaire, et se préparent à la nouvelle moisson, en trinquant. Eméchés, ils entament des danses plus ou moins folkloriques.
La mise en scène est très rythmée, l’utilisation de l’espace scénique intéressante, avec dégringolades d’escaliers, courses poursuites et cavalcades efficaces : on déplace chaises et tabourets, tréteaux et planches pour improviser des tables. Maniement systématique de seaux, de paniers, des sacs à grains, contribuent au réalisme. Quatorze comédiens convaincants évoluent énergiquement sur les planches, certains les ‘brûlent’ fougueusement : particulièrement Isabelle Desalos : la fille de joie, Jeff Esperansa : Abram et Ludovic Coquin : Rovo.
Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre du cycle « Sartre, Camus, De Gaulle et la politique », jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75