09 mai 2011

La chute de la maison Usher

d’Edgar Allan Poe
Adaptation et mise en scène : Sylvain Maurice
Composition musicale Alban Darche, avec Jeanne Added (chant), Jean-Baptitste Verquin (jeu), Philippe Rodriguez-Jorda (jeu et manipulation d’objets), Nathalie Darche (piano), Alban Darche (saxophone), Alexis Therain (guitare)
Semi-obscurité dont nous ne sortirons que lors de grands coups de tonnerre, monde qui ressemble à une ‘rêverie de mangeur d’opium’ ; mais au départ un comédien chaleureux qui, à l’avant-scène, dit Edgar Poe magistralement transcrit par Baudelaire.
Roderick Usher a convié son ami d’enfance à le rejoindre dans son vieux manoir, auprès d’un étang d’où montent des vapeurs et autres ‘miasmes fétides’. Il veut se confier à lui. Sa sœur Madeline dont on apprend qu’elle est sa jumelle, soit son alter ego et une de ses raisons d’être, est très mal en point ; quant à lui, sa raison chancelle. Dehors c’est la tempête. Elle meurt, il la met en bière avec son camarade-notre narrateur. Quinze jours après, elle sort de son cercueil, enveloppée de son suaire pour s’effondrer sur ce frère et l’anéantir. L’ami quitte le manoir qui s’écroule à son tour par temps d’orage. Hystéries, imaginations déréglées, terreurs maladives. Tout sur scène est hallucinant : les lumières vibrent, les meubles chancellent : tables et cercueil tournoient, les images projetées à l’arrière-plan rougeoient. Bruitages sinistres et dévastateurs, grincement de portes, formes qui se meuvent fantômatiquement, voix off et vidéos intempestives : tout est dérangeant… mais si beau ! Ils sont six sur scène, une pianiste, un saxophoniste, un guitariste (Lord Usher, il est vrai, accompagnait des ballades avec la sienne), une cantatrice - alias Lady Madeline - vêtue de rouge-sang, à la voix qui entame, un comédien prestidigitateur et clownesque aux pieds nus qui serait le domestique de Lord Usher. Et l’ami de ce dernier, étonnant conteur. Le travail de l’équipe est redoutablement intelligent. Le public les ovationne. Cette chute étant une ascension prodigieuse, redescendre sur terre devient ensuite difficile. Mais grâce à cette Maison Usher la ‘Maison de la Poésie’ que nous aimons tant redevient le fascinant Théâtre Molière qu’elle n’a jamais cessé d’être.
Maison de la Poésie, jusqu’au 22 mai, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Réservations : 01 44 54 53 00. www.maisondelapoesieparis.com