26 mai 2011

La nuit dernière

de Christian Morel de Sarcus
Mise en scène Alexandre Laurent
Divorcer tue : œuvre de cet auteur si singulier au style et au langage flamboyants a été créée en 2009 au Théâtre du Nord-Ouest. Parloir l’a suivie, qui mettait en scène un couple disjoint. On est ici dans la même thématique, et une des toutes premières répliques d’Eliane confrontée à Pierre son époux est « Je veux récupérer ma liberté ». Plus tard, il lui demande « Quels sont mes torts ? » Elle répond « d’exister ».
Loin d’être la simple autopsie d’un échec, cette dernière nuit ressemble à celle d’une ‘cerisaie’ picarde qu’on va vendre ou abandonner et où, dans la nuit, est organisé un dernier feu d’artifice (« artifices » selon l’auteur ?) Elle séduit parce qu’elle comporte plusieurs pièces dans la pièce et que des personnages secondaires deviennent, un temps, principaux.
Elle fait se côtoyer des univers que l’auteur connaît mieux que bien : celui des mondains pour lesquels la vie n’est qu’une « suite de consommations, de bons moments » et celui de l’écrivain tourmenté qui les côtoie pour mieux les fuir, se réfugiant dans son bureau, avec un revolver dans le tiroir de sa table.
Ne rien dire de plus des coups de théâtre éventuels et de cette fin qui n’en est peut-être pas une, non plus que de ce qui la rend dérangeante. Mais au menu, il y a eu, par ordre alphabétique: échecs, espoirs, folie, frustrations (« ma jeunesse ! brûlante, désespérée, un désert de chair. ») ; et encore : justice, tentations, trahisons. Dans le désordre cela donnerait : Dieu, le monde et moi, ou encore : la mort par suicide et la tentation de commettre un crime, mais aussi « les femmes, qu’il faut marier vite, puisqu’elles sont toutes élevées de la même façon, ni pour être heureuses, ni pour rendre heureux ».
Alexandre Laurent responsable de la mise en scène d’une pièce aussi dérangeante utilise efficacement cette étonnante salle Laborey. Il y dirige ses quatorze comédiens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes avec habilité, fermeté, humour et tendresse. Les déplacements, les lumières et les musiques de fond sont parfaitement choisis, assortis et régis. Nous avons aimé.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle Sartre, Camus, De Gaulle et la politique, jusqu’au 31 décembre, voir dates et réservations : 01 47 70 32 75