02 mai 2011

Moi, Caravage

de Cesare Capitani, d’après le roman de Dominique Fernandez, « La Course à l’abîme » (Grasset)
Avec Cesare Capitani et Laetitia Favart
Mise en scène : Stanislas Grassian
Caravage, avec, bien sûr, chez nous « ravage » en écho, mais ce « moi » évoque-t-il un ‘ego’ de taille ? On connaît l’histoire de Michelangelo Merisi, lombard qui après avoir quitté son pays n’a cessé de fuir tous ceux où il a séjourné, poursuivi par la justice, car ‘débauché’ et criminel. Homme initié aux choses de la chair par la femme de son boulanger, il va d’un amant à l’autre. Chrétien effervescent le démon le taraude: Dieu=lumière, le diable=sa négation… est-ce pour cela qu’il invente le clair-obscur ? Protégé par des aristocrates qui, malgré (ou grâce à) ses contradictions sulfureuses ont décelé son génie, approché par des ecclésiastiques qui lui font confiance et lui commandent des tableaux pour leurs sanctuaires, il sera enfin absous de tous ses errements par le pape.
A douze ans, il décide d’être peintre et suit des cours avec assiduité ou même acharnement. Il admire « les bons peintres - ceux qui savent peindre bien à force d’imiter bien les choses de la nature » et déclare : « Je ne veux pas de silence dans mes tableaux, je veux du bruit ».
Cesare Capitani, comédien incandescent au visage qui trouble tant il convoque celui du peintre, a pour partenaire Laetitia Favart au regard fascinant ; bouche grande ouverte, elle adopte les expressions étranges des modèles du Caravage. Face à cet agité-enflammé brandissant l’arme glissée dans sa ceinture, elle se cache sous un long tissu noir destiné à recouvrir un catafalque mais qui deviendra la cape élégante du peintre. Lui et Elle se rapprochant, leur gestuelle se fait aussi sensuelle que gracieuse. Voix détimbrée, cheveux d’adolescent rebelle qui refuse de les discipliner, Laetitia est aussi le Gregorio et autre Luca virils et ambigus de son Merisi. Lui dit son amour de l’existence, mais encore ce qu’il veut transmettre à ceux que ses peintures bouleversent. Il revit encore et encore cette « course à l’abîme ». Elle chante divinement Monteverdi, et c’est le lamento d’Ariane : « Lasciate mi morire. » Les lumières meurent, le Caravage s’éteint. Et le public exulte.
Théâtre Le Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34