20 juillet 2011

Caligula

d’Albert Camus
Mise en scène de Jean-Luc Jeener
L’auteur est servi par une équipe réduite de comédiens. Camus nous propose un anti-héros à l’ego surdimensionné, un fantasque aux débordements mal maîtrisés, un étrange philosophe souvent dépassé par ses raisonnements et largué par leurs formulations. Le comédien qui l’interprète, crâne lisse, présence raide, a le regard ironique d’un gamin prolongé qui nous dédie un texte qu’il articule très habilement.
Caligula, jeune empereur, n’a surtout pas pris « la voie qu’il fallait » ; il n’accédera pas à cette lune qu’il convoite et qui est probablement sa seule vraie moitié.
Selon lui il n’y a « rien dans ce monde ni dans l’autre qui soit à ma mesure » ; quant à l’impossible « je l’ai cherché aux limites du monde, aux confins de moi-même ». Mais aussi « ce qu’il y a de meilleur en moi, c’est la haine » puisque « vivre, c’est le contraire d’aimer ».
Ses jeunes ou moins jeunes camarades patriciens dont il fait systématiquement exécuter les proches (« Tue-le lentement pour qu’il se sente mourir ») sont incarnés dans cette mise en scène par un personnage unique, et Cæsonia qui se satisfait d’être la vieille maîtresse de Caligula ayant pris le relais de la défunte Drusilla, la sœur et vraie passion de l’empereur incestueux, est une femme angoissée au regard tendre.
Poignardages à l’arrière-plan. Noirs. Hurlements en coulisses. Des conjurés viennent de décider qu’il fallait supprimer ce monstre qui vient d’étrangler Cæsonia, après avoir avoué « Je vis, je tue, j’exerce le pouvoir délirant du destructeur auprès de quoi celui du créateur paraît une singerie ». A terre, Caligula mortellement poignardé hoquette et râle : « Je suis encore vivant ». Fin.
Le texte original de la pièce a été condensé à l’aide de coupures le rendant plus percutant encore mais peut-être plus surréaliste qu’existentiel. Il est servi par Benoît Dugas, Caligula dérangeant. Olivier Bruaux est un étonnant Chéréa qui a décidé que son empereur doit disparaître et le lui fait savoir. Cédric Grimon touche dans le personnage d’Hélicon que l’empereur aime et auquel il peut se confier. Jean-Dominique Peltier, patricien, est convainquant. Boris Ibanez très tendre et vibrant jeune Scipion et Laurence Hétier en Cæsonia vous troubleront.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de la saison Camus, Sartre, De Gaulle et la Politique. Dates et réservations : 01 47 70 32 75