09 juillet 2011

L’asticot de Shakespeare

De et avec Clémence Massart, mise en scène de Philippe Caubère
A mi-pente de la butte Montmartre, on se croirait à Avignon- off : en cette soirée tiède les spectateurs attendent dans la rue tant la salle d’accueil du théâtre est exiguë…
Accordéon en main, Clémence visage de clown très blanc aux sourcils circonflexes déboule dans un costume évoquant un asticot ; anneau plus anneau plus anneau gigantesquement grossis et avec cette queue qui gigote sur le sol. « Je suis la mère Asticot » ou serait-ce « je suis l’amer asticot » ? Asticot : mot grotesque mais plutôt rigolo ; la bestiole l’est moins qui, au cimetière, a vite fait de vidanger des cadavres infiniment bénis en vue de leur parcours dans l’au-delà. « Ne chantez pas la mort, c’est un sujet tabou » mais «la mort est la sœur de l’a-m-eu-eu-eur», pardon Clémence serait-ce «l’am-ou-ou-our»?
Un métronome clapote sur une des petites tables et autres mini-meubles où sont déposés les accessoires de Clémence, sortes d’instruments pour salle d’opération et qu’elle manipule avec la conscience professionnelle d’une infirmière-major. Cela prend un certain temps mais ses changements de costumes, de voix, d’identités, de parcours sidèrent. Elle est un homme souvent, soit ce philosophe au charabia et aux propos abscons, donc mortels (ne pas le nommer) qui font hurler de rire. De Sacha Guitry, avec de très grosses lunettes, elle restitue la voix grésillante. Elle est un temps de Gaulle pour une déclaration forcément mondiale et une Sarah Bernhard claudiquant à la chaussure droite trop lourde, plus cet homme de la Canebière pour partie de cartes. Elle est hallucinante tant tout ce qu’elle fait est juste.
Mais Shakespeare ? Clémence maîtrise un anglais qui devrait rendre suicidaires des contingents de profs ordinaires. Femme à transformations elle est archi- chaplinesque. Dans la salle, des silences étranges : les spectateurs sidérés retiennent leur souffle.
Mais c’est la fin, soit Clémence sur fond de musiques polyphoniques. Sa collaboratrice, femme du genre discrète et stylée qui lui a parfois donné la réplique depuis la coulisse et l’ a aidée à endosser ses grands manteaux a disparu.
Ce que chante cette fois-ci Clémence qui a réintégré sa tenue insectoïde, c’est : « I can’t get no satisfaction ».
Nous autres spectateurs sortons certes médusés mais plus que satisfaits du Théâtre Montmartre-Galabru où ce spectacle dérangeant et jubilatoire se donne jusqu’à la fin juillet, les jeudi, vendredi et samedi à 21h30. Réservations : 01 42 23 15 85